Fèvrier 2004
Semaine 6  Du 04-02 au 10-02-2004   

BABOUSSIA - de Lidia Bobrova. (4/20) 0
Russie - Couleur, 1h37 - 2003.
Avec : Nina Shoubina, Anna Ovsianikova, Vladimir Koulakov, Serguei Anoufriev.

Drame : Après avoir enduré la seconde guerre mondiale et la dictature communiste, Baboussia, quatre-vingts ans, entre dans la troisième et dernière période noire de son existence. De patelin en patelin, elle cherche un foyer auprès de ses différents enfants et petits-enfants... pour lesquels elle avait autrefois sacrifié le plus clair de son temps... Personne ne veut de cette vieille campagnarde; fardeau jugé trop lourd... Bassement égoïstes et absurdes, les membres de sa famille la laisseront partir seule rejoindre l’ange qui l’appelle... Quel dommage qu’il faille attendre les toutes dernières scènes du film pour être ému! Entre-temps, nous avons droit à des saynettes de patronage interprétées par de vrais villageois... mais qui jouent comme des pieds... Réalisatrice aux intentions fort sympathiques, s’évertuant à trouver une lueur d’espoir là où règne la misère la plus totale - tant matérielle que morale - , Lidia Bobrova (Ö vous mes oies! , Dans ce pays-là) poursuit sa démarche humaniste avec ce troisième volet, mais... avec beaucoup de maladresse.

BUONGIORNO, NOTTE - de Marco Bellocchio. (17/20) 3
Italie - Couleur, 1h45 - 2003.
Avec : Maya Sansa, Luigi Lo Cascio, Roberto Herlitzka, Pier Giorgio Bellocchio.

Drame : Première séquence : un jeune couple, guidé par un employé d’agence immobilière, visite un appartement à louer... Dès ce tout début, le film coule, impeccablement cadré, sonorisé et monté... On est immédiatement captivé... C’est juste pour dire qu’un excellent le film, on le renifle dès les premiers instants! Bien évidemment, ce couple fait partie de la bande des quatre membres des Brigades Rouges qui enlevèrent Aldo Moro, au début de l’année 1978, et, qui vont le retenir dans cet appartement parfaitement aménagé pour planquer un prisonnier... Tout le monde a entendu parler de cette affaire, mais, Bellocchio nous montre ici les protagonistes de l’intérieur... en plans serrés, le film transpire le vécu, vrai ou faux, qu’importe! Il s’agit d’une réflexion véhiculée par des images et des situations d’une rare intensité! En effet, une des questions principales qui se dégagent, à mon sens, est de savoir quel est donc le dieu qui mène par la main ces insectes humains égarés, apeurés, angoissés, même lorsqu’ils ne doutent de rien...? Les uns se remettent en question, notamment la jeune femme, les autres sont irrévocablement engagés; et l’on se demande qui est le plus à plaindre... Bellocchio ne prend le parti de personne... Il montre soigneusement, sobrement - sans pour autant oublier une petite touche d’humour fantaisiste. Mêlant réalisme et scènes oniriques, le tout harmonieusement orchestré, il provoque une formidable émotion tout en sollicitant l’intellect. En effet, où est donc le vrai choix entre Dieu ou le Saint-Père qui le reprèsente et un Karl Marx, par exemple...? Idéologie et religion sont sans nul doute soeurs jumelles! Et la guerre menée par les terroristes est forcément une guerre de religion, quelles que soient ses causes. Toute guerre est guerre de religion, disait le philosophe (excusez, je précise, qu’on aille pas croire qu’il s’agit d’un pote à moi!) Alain... En tous cas, voilà un film riche et chacun y trouvera matière à cogitation... Ce qui me réjouit le plus, outre les acteurs (mention très spéciale à Roberto Herlitzka dans le rôle de Aldo Moro), c’est la résurrection de Marco Bellocchio, qui, depuis Le sourire de ma mère; nous redonne la possibilité de voir à nouveau du grand cinéma italien, comme au bon vieux temps...

LE GRAND SILENCE - (Il grande silenzio) - de Sergio Corbucci. (20/20) 3Italie - Couleur, 1h35 - 1968. (Reprise / Re-vision)
Avec : Jean-Louis Trintignant, Klaus Kinski, Frank Wolff, Vonetta McGee, Luigi Pistilli.

Western : Inspiré de faits réels s’étant produits dans un village de l’Utah, Snow Hill, en 1898, ce diamant noir méconnu en est d’autant plus saisissant. Doublement réaliste. Mais en bon western italien, il respecte à la lettre le style et les poncifs du genre. Cru et impitoyable, d’une part, fantaisiste et baroque, d’autre part, le film nous ravit par son audace tout en étant dérangeant. L’histoire en est très linéaire. Dans Snow Hill et les alentours, l’on extermine une bande de paysans affamés, proclamés hors-la-loi et dont la tête est mise à prix. Les “Bounty Killers” s’en donnent à coeur joie; parmi eux, le plus terrible de tous, un certain Tigrero (fascinant Kinski!). Mais - et c’est la première fois que l’on voit cette situation dans un western - les pauvres paysans engagent de leur côté un chasseur de primes pour chasser les chasseurs de primes! Original et amusant, bien que nous soyons ici dans la plus noire des tragédies! Il s’agit, en effet, du western italien le plus désespéré... Dans le rôle titre, un Trintignant impressionnant de présence et d’intensité. Face à son alter ego antinomique, joué par Kinski, il est tout de noir vêtu, sombre Christ affrontant un Diable à la crinière étincelante! Toute l’oeuvre baigne dans le silence. Celui des espaces enneigés comme celui du personnage principal - et pour cause, il est muet. On baigne aussi dans le sang, mais rien n’est gratuit. Pas même la sublime scène d’amour - eh! oui, ça existe! - entre Silence et Pauline... sur fond de musique presqu’insupportable de beauté... signée Ennio Morricone, bien sûr. Un Morricone particulièrement inspiré! D’aucuns - et ils sont assez nombreux - nous assenent doctement que les westerns italiens (y compris ceux de Leone) sont infantiles! Certes, mais ils sont réalisés par de grands enfants, adultes depuis leur plus jeune âge! Si l’on n’a pas compris cela, on n’a rien compris au western italien. Cela dit, on a parfaitement le droit de ne pas aimer... et de continuer à se prendre au sérieux...

LA PLANETE BLEUE - (Deep Blue) - de Alastair Fothergill et Andy Byatt. (10/20) 1
Grande-Bretagne - Couleur, 1h32 - 1998/2003.
Narrateur (en VF) : Jacques Perrin.

Documentaire : Il est évident que ce film tous publics, est intéressant à plus d’un titre et...à plus d’une séquence! On y découvre des espèces absolument inconnues et des scènes aussi impressionnantes qu’inédites - parfois drôles, parfois cruelles... Je ne raconte rien, ça ne se fait pas. Toutefois - n’oublions pas qu’ici, Jacques Perrin n’est que le narrateur - nous sommes loin de Microcosmos et du Peuple migratuer, tous deux produits et/ou réalisés par le même Perrin. Les images sont du niveau d’un honnête téléfilm et l’on ne plane pas le moins du monde... pas plus qu’on ne nage dans le bonheur. C’est simplement très insolite et captivant et ce n’est déjà pas si mal! Dommage, par ailleurs, que les auteurs ne se soient davantage employés à faire passer dans le même temps un véritable message écologique... Une mise en garde sérieuse; ce monde que l’on nous présente est en voie de disparition! Au lieu de cela, nous n’avons droit qu’à une timide remarque sur la destruction des baleines bleues... L’on connaît mieux la surface de la Lune que le fond des océans, nous dit-on! C’est dire à quel point on privilègie les opérations de prestige! Edifiant et effrayant...!

TOUT PEUT ARRIVER - (Something’s Gotta Give) - de Nancy Meyers. (10/20) 1USA - Couleur, 2h - 2003.
Avec :Jack Nicholson,Diane Keaton,Keanu Reeves,Amanda Peet,Frances McDormand

Comédie : Harry est un célibataire endurci doublé d’un incorrigible séducteur... de femmes de moins de trente ans uniquement, s’il vous plaît! Lors d’un week-end avec sa dernière conquête - dans la maison de la mère d’icelle - il va faire accidentellement connaissance avec la maman et... ce sera le coup de tonnerre! Ils vont immédiatement se détester! Mais, comme tout peut arriver, nous indique le titre, pourquoi, pour une fois, le coup de tonnerre ne serait-il pas suivi... par un coup de foudre...? Petite comédie assez banale et sans prétention, cent fois vue et revue, cette petite “chose” doit tout à ses comédiens. Nicholson et Keaton en tête, bien évidemment! L’on rit de bon coeur en leur compagnie, et ce, plus d’une fois. Malheureusement, Nancy Meyers nous refait le coup de son film précédent (Ce que veulent les femmes)! A savoir qu’elle en met à nouveau une vingtaine de minutes de trop... Il faudrait vraiment qu’elle apprenne à resserrer, la dame! Quant à Nicholson, qui se case sagement dans ce film, aurait-il décidé de se caser également dans les comédies légères et sucrées...?

TURNING GATE - de Hong Sang-Soo. (0/20) 0
Corée - Couleur, 1h55 - 2002.
Avec : Kim Sang-Kyung, Yea Ji-Won, Chu Sang-Mi.

Drame : Ce film symbolise à merveille le souffle du néant dans le vide absolu... Un souffle court et asthmatique par-dessus le marché! C’est l’histoire de Truk Mashin-Chose, un jeune célibataire tristounet, qui rencontre Ayam Noh-Body, une jeune et mystérieuse femme mariée... Ils vont se tomber d’amour et se tomber dans les bras et... se la copuler grave leur idylle! De la manière la plus impudique et... inintéressante, le réalisateur nous les montre sans cesse dans la position de “la bête à deux dos”, ne nous épargnant aucun détail “technique”... Du genre, comme ça, ça va? J’te l’ai pas mise trop de travers? La baise, tu l’aimes brutale ou tendre etc. En dehors de leur intimité, les protagonistes passent leur temps à parler pour ne rien dire... La fameuse porte tournante ne tourne même pas... Bref, un film pour rien!


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