AOUT/SEPTEMBRE 2006

Semaine 36  Du 30-08-2006 au 05-09-2006

 

BRICK - de Rian Johnson. (6/20)
USA - Couleur, 1h50 - 2005.
Avec : Joseph Gordon-Levitt, Nora Zehetner, Lukas Haas, Noah Fleiss, Matt O’Leary.

Policier : On nous l’aura assez chanté sur tous les tons, ce polar n’est pas un filmounet de plus pour ados indigents. Certes, mais l’intrigue entortillée à loisir baigne tout de même dans une ambiance estudiantine et le décalage ici proposé ne valorise pas pleinement l’originalité de la démarche. Car originalité il y a. L’affaire de meurtre sur fond de trafic de drogue se passe systématiquement hors des décors scolaires et universitaires; l’ensemble de l’histoire est traité à la manière d’un polar entre adultes et largement vaccinés isolant ainsi nos jeunes protagonistes, non seulement de leur vie d’adolescents au quotidien mais de toute forme de “parenthèses” un tant soit peu étrangères au déroulement de l’enquête, sujet principal et unique du film. L’autre aspect original mais moins heureux consiste à faire un clin d’oeil involontaire et risible à Bugsy Malone, formidable pastiche de films policiers ayant pour interprètes uniquement des gamins et ce... sous forme de comédie musicale qui plus est... réalisé comme chacun le sait par le génial Alan Parker dont ce fut le premier film ! Oui, cet aspect est risible dans la simple mesure où il ne s’agit point ici de comédie parodique ! Voir Lukas Haas dans le rôle du big boss , ridicule au possible dans sa tentative de se la jouer ténébreusement fascinant... avec une touche de monstruosité...! Néanmoins, ce modeste spectacle sans envergure filmique étant donné sa blafarde image, se regarde nonchalamment et d’un œil sur deux - on peut reposer le gauche pendant qu’on zieute du droit et vice et versa. A voir de préférence à la télé.

 

 

DES SERPENTS DANS L’AVION - (Snakes on a Plane) de David R. Ellis. (0/20)
USA - Couleur, 1h41 - 2005.
Avec : Samuel L. Jackson, Julianna Margulies, Nathan Phillips, Rachel Blanchard.

Policier : Un jeune homme, témoin d’un ignoble meurtre, va être réquisitionné manu militari par un flic du FBI afin de l’aider à épingler une bonne fois pour toutes un sérieux mafioso. Pour ce faire, il doivent d’abord effectuer un petit voyage en avion de Hawaï à L.A. Mais le super gangster a usé de super moyens... il a introduit dans l’avion un nombre incalculable de serpents de toutes espèces, particulièrement venimeux, et... drogués afin d’être hyper agressifs...! Nous voilà projetés dans un film qui joue sur cinq cent mille tableaux à la fois ! Polar virant au film catastrophe, film d’horreur agrémenté d’humour lourdingue et tout le bazar...! Et, sur tous les tableaux, le ratage est complet ! Nous avons droit à tous les poncifs, usés jusqu’à la corde, de tous ces genres à la fois ! Aucun sens du suspense, mise en images balourdes, personnages débiles... Tout y passe ! Même la présence (plutôt rare, vu le nombre de voyageurs) de l’excellent et sympathique S. L. Jackson ne représente pas grand chose dans un tel contexte... Moi qui m’attendais à un gentil petit divertissement... Idéal pour M6 !

 

 

J

FLANDRES - de Bruno Dumont. (0/20)
France - Couleur, 1h31 - 2005.
Avec : Samuel Boidin, Adélaïde Leroux, Henri Cretel, Jean-Marie Bruveart.

Guerre : Spécial Mézigue : “Robert Bresson à fait école et désormais Bruno Dumont est le digne chef de file du néocrétinisme français ! Avec le regard lymphatique d’un ectoplasme, il remet ça. Nous montre des images... longues prises de vues de toute émotion dépourvues... chiantes à mourir puisque rien ne s’y passe... si, des choses pas crédibles... la politique de la terre brûlée, un truc comme ça... Les personnages sont des morts-vivants et les acteurs sont aussi faux que tout le reste... Je ne vais pas m’emmerder à rappeler autrement que très brièvement l’action... s’agit d’un gros plouc qui aime bien niquer dans le foin et qui s’en va-t-en guerre... Il en reviendra meurtri et avouera enfin son amour à sa maîtresse occasionnelle de naguère... Voilà, je cesse ! Le plus terrible, c’est encore et toujours les critiques... Là non plus, je ne vais pas énumérer... m’attarder... Je ne cite (de mémoire) qu’une réflexion qui m’a semblé fameuse ! Un gars de je ne sais plus quel torchon qui nous noircit une connerie de taille : “... chez Bruno Dumont tout sonne faux parce que dans la vie, nous sommes tous faux...” Désolé, mon brave, mais la réalité existe. Bel et bien. Celle de nous autres - pauvres petits grains d’humains, je sais - mais elle existe... Si tu t’amuses à me dire “regarde voir les deux belles pastèques que voilà !” en me montrant tes couilles, ne vas pas t’imaginer que je vais te croire ! Là, c’est du kif ! Je me fous de savoir si Dumont est un incapable ou s’il fait exprès d’être con. Dans les deux cas, il m’emmerde ! Tiens, à propos de pastèque, dans le rôle principal t’as le sosie d’Alain Delon.”
“PS et nota bene une bonne fois pour toutes, dans la réalité, les gens ne parlent jamais faux même lorsqu’ils parlent... faux ! La réalité ne peut être que crédible... ou n’être pas.”

 

 

J

PUSHER - de Nicolas Winding Refn. (7/20)
Danemark - Couleur, 1h45 - 1996.
Avec : Kim Bodnia, Zlatko Buric, Mads Mikkelsen, Laura Drasbaek, Slavko Labovic.

Policier : Ignorant le sens du mot “pusher”, je me demandai lors du dernier volet de la trilogie notamment, pourquoi donc ne s’agit-il dans ces histoires que de vente, revente et toutes sortes de trafics de drogues ? Mais, banane, parce que tout simplement “pusher” signifie en anglais... “revendeur de drogues” !!! Comme quoi, de nos jours, nous avons intérêt à nous informer - via un bon dictionnaire - avant d’aller nous payer une toile... si l’on ne veut point risquer de passer pour un imbécile ! Moi, personnellement, je m’en fous, je le dis tout haut, je ne suis pas à une connerie près. Après cette petite ouverture “introductionnelle”, passons donc à l’oeuvre elle-même... Et, bien évidemment, commençons par le commencement. Donc, par le premier volet (sans numéro car à l’époque on ne se doutait pas qu’il y aurait des “séquelles”), que l’on pourrait “sous-intituler” Frank, du prénom de l’anti-héros principal de ce début de descente aux enfers... Le gars est vendeur d’héroïne et bosse le plus souvent avec son pote Tonny. D’embrouilles en seringues, il va se trouver dans une merde féroce l’opposant à un dangereux trafiquant serbe, Milo. Il lui doit du pognon rapport à une livraison qui a foiré, il n’a pas les moyens de le rembourser, il va tenter tous les coups pisseux possibles et imaginables mais ne parviendra qu’à se faire tabasser et joliment torturer par les gorilles de Milo. Entre-temps, son collègue Tonny l’ayant vendu aux flics, Frank aura sérieusement amoché ce dernier à coups de batte bien sûr...! On l’aura compris, nous ne sommes pas chez “les deux orphelines” et encore moins dans les environs du palais impérial de Sissi... ! Tout casse, tout pue, tout tue... ça saigne, ça dégueule et ça jure comme des charretiers !!! Pas un spectacle pour vous, ma bonne dame ! Du reste, malgré une ambiance plutôt réussie ( l’image crade fait ici des merveilles), l’on se demande souventes fois “à quoi bon cette débauche d’images sauvagement crues s’enfilant à la va-comme-je-te-”push”...? Reste l’aspect horriblement fascinant de la cruauté humaine... l’exutoire nous permettant d’excréter quelques-uns de nos fantasmes inavouables par voie de canalisations d’eaux chargées de vermine... le tout agrémenté d’une illustration à la limite du surréalisme documentaire... Voyons donc la suite...

 

 

PUSHER 2 - (With Blood on my Hands) de Nicolas Winding Refn. (10/20)
Danemark - Couleur, 1h36 - 2004.
Avec : Mads Mikkelsen, Anne Osterud, Janus Billeskov Jansen.

Policier : Quelques années ont passé et Tonny, l’ex-pote de Frank, sort de prison... Il s’empresse de rejoindre son père qui lui fait la gueule, le traite de petite bite, de gros con etc... Son paternel est également un “pusher” qui utilise comme couverture un garage tout en dirigeant un gang. Nous voilà replongés dans les enfers urbains danois, cette fois au deuxième sous-sol... on progresse, on progresse... Le mecton Tonny est réellement aussi malchanceux qu’abruti. Il va très rapidement faire des siennes en se fourvoyant dans un “deal” qui tourne mal une fois de plus... Je note au passage que le refrain en dents de scie de la trilogie, savoir des livraisons foireuses qui virent au drame est quelque peu lassant et témoigne peut-être d’un manque d’imagination des auteurs... Néanmoins et toutefois, Tonny (retrouvant au coin d’un petit virage de sa mauvaise passe le trafiquant Milo) s’empêtre de plus en plus allègrement et bien sûr ça va saigner pour lui et aussi un peu pour tout le monde... Il va pousser la tragédie jusqu’à régler son compte au paternel d’une façon quelque peu œdipienne et au moment où les flammes de l’enfer explosent de partout... où tout semble définitivement grillé... Tonny va avoir un sursaut aussi surprenant pour lui que pour nous autres spectateurs... Il va récupérer sa prétendue progéniture - qui en est encore au stade de bébé - et fuir éperdument, fuir, fuir... on ne sait trop où... vers quel autre enfer entraîne-t-il le bout de gamin ? Vers quel paradis espère-t-il se diriger grâce à son geste rédempteur...? Lui faudra-t-il traverser les affres d’un purgatoire supplémentaire...? De ce côté-là, me semble-t-il, il a eu sa dose ! On voit bien qu’entre ces deux premiers volets il s’est passé une huitaine d’années. Refn s’est affiné en arrosant sa poubelle de quelques gouttes d’innocence... Quelques fleurs ont poussé entre les détritus... Quant à Mads Mikkelsen (Tonny) est-il besoin de répéter à quel point il est prodigieux ? Il est sans nul doute responsable en grande partie de l’aspect poétisant de cette deuxième partie; il apporte à son personnage toute la miséricorde nécessaire à atténuer sa sauvagerie... une sauvagerie toute naturelle chez une plante éclose dans un terrain vague boueux...

 

 

PUSHER 3 - (I’m the Angel of Death) de Nicolas Winding Refn. (10/20)
Danemark - Couleur, 1h42 - 2005.
Avec : Zlatko Buric, Marinela Dekic, Slavko Labovic, Ilyas Agac, Kutjim Loki.

Policier : Cette fois, au tour de Milo d’être au centre de l’action... Refn a décidé de nous l’éclairer enfin de sa lumière crasseuse... Le vieillissant Milo, une bonne cinquantaine, a semble-t-il décidé d’arrêter l’héroïne... Il assiste à des thérapies de groupe, tzétéra... Justement, en ce beau jour par lequel le film commence, il se désintoxique en paroles en compagnie d’autres “narcos anonymes”... et ce avec une conviction redoublée vu que c’est l’anniversaire de sa fille (vingt-cinq piges)... et qu’il doit préparer la bouffe pour la fiesta du soir... Une cinquantaine de personnes à nourrir, c’est du boulot et Milo angoisse un peu... Il craint la rechute pour cause d’excès de stress... Hélas, une fois de plus, il y a une couille dans la came... On lui refile, lors d’une énième livraison foireuse, de l’ecstasy au lieu de l’héroïne promise... Les livreurs sont d’affreux Albano-Macédoniens ou un truc comme ça... Il finira tout de même par accepter un nouveau “deal” et chargera ensuite un ou deux Turcs pour fourguer les pastilles euphorisantes... (Ben, dis-moi donc, Dindon... entre les Yougos, les Albanos, les Turcos ou qui sais-je encore, le Danemark semble être la terre d’accueil de la racaille balkano-orientale...!). Les Turcos foirent à leur tour, tzétéra, tzétéra... j’abrège un peu... A ce train-là, de foirage en foirage, si réellement les choses se passaient ainsi, les bourres n’auraient plus qu’à se croiser les bras... - comme il est dit plus haut, le gros défaut de cette trilogie c’est le bégaiement. Or, dans cette troisième et dernière partie, le plus intéressant n’est pas forcément le trafic et ses conséquences... Ce serait plutôt le portrait de cet abominable jobard, le fameux Milo, qui est papa par ailleurs - d’une digne progéniture, savoir parfaitement indigne (rien que la tronche de la gonzesse !), qui se la joue grand patron voire parrain du dimanche... sorte de Don Korleonovitch... qui est aussi grotesque que terrifiant, tout dépend du moment où on le chope, parfois touchant et le plus souvent, reconnaissons-le plutôt répugnant ! Voir la scène de boucherie finale (de la vraie boucherie... où l’on saigne des mecs exactement comme des porcs !)... (Cela dit, Refn fait ici preuve de pas mal d’humour, contrairement au premier volet notamment). Mais au-delà des intriguettes récurrentes, le fonctionnement monstrueusement humain est tout à fait crédible... L’on sort de là un peu nauséeux... effrayé et rassuré à la fois... Rassuré d’avoir eu la chance d’échapper au plus triste des sorts... mais troublé par ce que le film nous rappelle, savoir qu’un peu partout autour de nos tronches bien sages, des ombres d’une cruauté totale et misérable mènent une existence cauchemardesque... sans nécessairement s’agiter en ricanant et en grimaçant... tant elles semblent adaptées à leur destinées... tant elle sont (paradoxalement ?) nos semblables.

 

 

ROSARIO - (Rosario Tijeras) de Emilio Maillé. (6/20)
Colombie - Couleur, 1h52 - 2005.
Avec : Flora Martinez, Unax Ugalde, Manolo Cardona, Alonso Arias, Rodrigo Oviedo.

Policier : La jeune Rosario est une pute de luxe doublée d’une tueuse à gages... Il lui arrive également de faire parler la poudre pour des raisons plus personnelles... Dans le genre beauté fatale, elle assure quelque chose d’énervant...! Insupportablement bien gaulée, tragiquement sexy, la maîtresse de Satan, tu vois... de celles qui feraient craquer Dieu le Père himself...! L’actrice Flora Martinez est donc péniblement (pour un mâle) agréable à zieuter. Cela dit, ses charmes ne devraient être que l’épice sur le gâteau... Or, le gâteau, je ne l’ai pas des masses remarqué... Certes, l’image est soignée avec cadrages ad hoc et couleurs chaudes comme j’aime... Le bouquin dont est tiré le film (La fille aux ciseaux de Jorge Franco-Ramos) est peut-être passionnant... mais ici, l’histoire est narrée à la manière “flash-backboulée”... avec secret de fabrication... total, t’as du mal à suivre les drames et horreurs vécus par la super pretty girl... violée à onze ans et toute la routine habituelle... Adulte, elle semble se venger de tout et de tous, son rouge à lèvres couleur sang fascinant le micheton... l’invitant à mourir dans ses bras après avoir satisfait ses pulsions suicidaires... En la personne d’Antonio (un jeune et gentil gars) elle trouvera quelque chose qui ressemblera à l’amour... Puis, comme dans toute tragédie digne de ce nom, une hémorragie tumultueuse envahit les scènes finales... Sniff, sexe et sang... (Ai failli me taper une overdose, à propos, cette semaine - entre la “brique”, les trois “push-push” et ç’ui-là...). Mouais... Aurait pu mieux faire le mec Maillé...

 

 

SELON CHARLIE - de Nicole Garcia. (0/20)
France - Couleur, 1h55 - 2005.
Avec : Jean-Pierre Bacri, Vincent Lindon, Benoît Magimel, Ferdinand Martin, Patrick Pineau, Benoît Poelvoorde, Arnaud Valois, Minna Haapkyla, Sophie Cattani.

Comédie dramatique : Ils sont sept... comme les mercenaires... ou les samouraïs... Sauf qu’ils n’ont rien à voir avec ce type de personnages... Les sept couillons plutôt... Nicole Garcia semble les chercher tout au long du film... Il y a un maire... avec maîtresse of course... un ou deux scientifiques... un modeste travailleur avec maîtresse également... un branque qui s’improvise voleur de télévision... un jeune tennisman à l’inexistence certaine... et puis, le petit Charlie... fils du travailleur avec maîtresse... Z’ont tous des problèmes - pour la plupart, sinon la totalité, - complètement faux... pour le moins insignifiants... problèmes grossis... enflés par une observation minutieuse au microscope... genre tu agrandis cent mille fois le poil de cul d’un cafard... Passionnant ! Alors, apparemment tous ces personnages qui se croisent, décroisent et recroisent - c’est un film choral, n’est-ce pas, façon Bob Altman - sont perçus au travers du regard de Charlie... Lequel gamin, après bien des péripéties absurdes, bouleversera tout ce beau monde... en arrangeant finalement les choses... Au moment du festival de Cannes où il fut présenté, le film durait 2h15... Tièdement accueilli sur la croisette, on l’a amputé de vingt minutes... Au vu de l’indicible confusion de ce ratage, c’étaient peut-être les vingt meilleures...

 

 

 

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