FEVRIER/AVRIL 2008

Semaine 09 AU 15  Du 27-02-2008 au 15-04-2008

ANGLES D’ATTAQUE - (Vantage Point) - de Pete Travis. (0/20)
USA - Couleur, 1h29 - 2007.
Avec : Dennis Quaid, Matthew Fox, Forest Whitaker, William Hurt, Sigourney Weaver.

Policier : Ce polar nous présente donc l ’aventure sous plusieurs angles... d’attaque, bien sûr. Car il y a plusieurs personnages principaux dans l’histoire. Commençons par le commencement. Nous sommes en Espagne, à Salamanque. Un Président américain brave comme tout, vaillant et courageux comme une vipère, vient discourir en ce jour J devant toute une foule internationale sur les possibilités et le besoin de créer une organisation mondiale contre le terrorisme. Quand soudain, deux coups de feu éclatent et vont se planter dans le Président se trouvant à la tribune. Manque de bol pour les assassins, le gars qui reçoit les bastos, n’est que le sosie de notre héroïque Chef d’Etat. L’héroïque salopard qui n’en a rien à pisser qu’un gros couillon meure à sa place, pendant que lui reste planté dans sa hutte. S’ensuit, quelques instants après, dans une panique générale, une grosse explosion sous l’estrade des orateurs. Alors, premier retour en arrière. Le personnage principal, un garde du corps du Président, marqué par un passé terrible, au regard fort mélancolique, est dans sa chambre d’hôtel quelques minutes avant le début de la tragique séance. Il a comme qui dirait la trouille en plus de ses remords et regrets. Quelque temps auparavant, en effet, lors d’un premier attentat contre le Président, il se jeta devant ce dernier pour recevoir la balle à sa place ; balle qui ne le tua point, bien sûr, mais qui le traumatisa, à vie. Que se passera-t-il aujourd’hui... ? Pendant qu’une réalisatrice télé, faisant platement son boulot, s’évertue à gesticuler et à diriger son équipe, la scène de l’attentat recommence... Deuxième retour en arrière : cette fois, on aperçoit un jeune imbécile dont on ne comprendra jamais s’il est là pour commettre le crime ou s’il a été manipulé par sa meufette, une poufiasse qui pue la trahison à 400 m... ! Bref, ça r’met ça ! Ensuite, c’est autour d’un sympathique touriste qui photographie l’événement, d’intervenir sur les lieux de l’attentat ; il aura ainsi, entre autre, l’occasion de se lier de sympathie avec une petite gamine, dont il sauvera même la vie ! Quant au Président, au vrai, cette fois, on va le voir se faire enlever par des terroristes... mais, son mélancolique garde du corps parviendra cette fois à le sauver de la belle manière. Même notre intrépide Chef d’Etat aura l’occasion de faire le coup de poing. C’est dire à quel point le scénario est affligeant. Et, pendant que l’histoire de notre jeune pseudo assassin se termine en eau de couilles de mammouth, le vaillant garde du corps se fait vaillamment remercier par son non moins vaillant Président à qui il répond : je reste toujours à vos ordres ! Ce film ne nous ennuie jamais, mais ne cesse de nous exaspérer par sa consternante débilité.

 

 

ASTERIX AUX JEUX OLYMPIQUES - de Frédéric Forestier et Thomas Langmann. (0/20)
France - Couleur, 1h53 - 2007.
Avec : Clovis Cornillac, Gérard Depardieu, Benoît Poelvoorde, Alain Delon, Stéphane Rousseau, Vanessa Hessler, José Garcia, Franck Dubosc, Jean-Pierre Cassel.

Comédie: Sacré Cornillac ! Il nous aura tout fait ! Ici, Clovis joue le rôle d’Astérix... C’est-y pas beau ça ? Il parait même qu’il prépare déjà d'arrache-pied son prochain rôle en s’exerçant à danser avec son balai afin de se mettre parfaitement dans la peau de... Cendrillon. Quant au reste du casting, il est très fourni en noms connus, ce qui ne l’empêche point d’être parfaitement vain. Nous avons notamment Alain Delon dans le rôle de Jules César ! Voilà un personnage qui a dû le faire vibrer ! Il ne lui reste désormais plus qu’à interpréter le rôle de Dieu, afin de terminer bellement son immense carrière ! N’évoquons point l’intrigue de ce scénario truffé de gags éculés et crétins ; car même Benoît Poelvoorde ne réussit pas à nous arracher le moindre sourire. Concluons en précisant que même le fameux “grand public” n’a pas vraiment suivi... Cette hyperproduction (le film français le plus cher de tous les temps) n’aura pas eu le succès espéré... même s’il est en train de terminer sa carrière autour de sept millions d’entrées.

 

 

L’ESPRIT DE LA RUCHE - (El espiritu de la colmena) - de Victor Erice (7/20)
Espagne - Couleur, 1h30 - 1973. (Reprise)
Avec : Ana Torrent, Isabel Telleria, Fernando Fernan Gomez, Teresa Gimpera.

Drame : Nous sommes en Espagne dans les années 1940. Plus précisément dans un petit village de la Castille. L’histoire est celle de deux petites soeurs dont la plus jeune n’a que huit ans (interprétée par la future fameuse Ana Torrent - ce film ayant été tourné trois ans avant Cria cuervos). Les gamines s’ennuient dans une grande propriété pendant que leur père s’occupe passionnément de sa ruche et que leur mère passe son temps à écrire des lettres d’amour à un soldat inconnu... Un jour dans leur village, sera projeté un film qui va marquer la petite Ana ; il s’agit de Frankenstein, dont le monstre est incarné par Boris Karloff. Désormais, elle aura une espèce d’occupation totalement décalée du monde réel, en cherchant à rencontrer la créature du Docteur Frankenstein... Entre l’ennui de la fillette, un calme inquiétant au lieu d’être serein et une sorte de vague métaphore sur le franquisme, le spectateur, sans s’embêter totalement, bâille néanmoins parfois, en essayant d’apprécier une certaine poésie fadasse et de déchiffrer la symbolique de la ruche et de son esprit...

 

 

LES FAUSSAIRES - (Die fälscher) - de Stefan Ruzowitzky. (17/20)
Allemagne / Autriche - Couleur, 1h38 - 2007.
Avec : Karl Markovics, August Diehl, Devid Striesow, Marie Bäumer, Martin Brambach.

Drame : Il s’agit de l’adaptation du livre d’Adolf Burger, l’atelier du diable, un ouvrage plus ou moins autobiographique, car le Burger en question, fût également impliqué dans l’opération Bernhard. L’histoire commence à Berlin en 1936 et nous conte les aventures et mésaventures d’un fabricant de faux billets de banque, Salomon Sorowitsch qui, comme son prénom l’indique, fut d’origine juive. Pendant la guerre, il sera arrêté par la Gestapo et transféré dans un camp où avec d’autres Juifs, il devra, un beau jour, contrefaire des livres sterling et des dollars dans le but de détruire l’économie des pays ennemis, britanniques et américains bien sûr. Pour commencer, voilà un film qui nous propose un autre regard sur la deuxième guerre mondiale, les mauvais traitements infligés aux Juifs ainsi que sur certains camps de concentration. Lorsque je parle de mauvais traitements, tout le monde aura compris qu’il s’agit d’un doux euphémisme. Cependant, porter notre regard sur cette période tragique, bien différent des classiques “commémorations” par trop répétitives, est déjà, si j’ose dire, plutôt réjouissant. Ici, nous n’avons pas affaire à un Juif réduit simplement (comme cela fût très souvent le cas, bien sûr) à une victime totale, mais à un vrai personnage humain qui, comme nous tous, possède plus d’une facette. Il n’en sera pas moins victime, du moins jusqu’à un certain point. Sur quoi il faut insister, à mon humble avis, c’est sur l’extraordinaire interprétation d’un acteur, que presque personne ne connaît, Karl Markovics, saisissant de vérité aussi crasse qu’émouvante. Mais, s’il n’y avait que cela.... Le film est passionnant de bout en bout, la réalisation, les prises de vues, les décors, les costumes, l’ambiance picturale, tout y est. Avec, pour surprise finale, une sacrée touche d’ironie. Voilà donc un film à voir toutes affaires cassantes (qui a néanmoins obtenu l’Oscar du meilleur film étranger aux Etats-Unis, cette année) et qui aurait pu passer totalement inaperçu chez nous. Si ce n’est un chef-d'oeuvre, il n’en frôle pas moins les précieuses !

 

 

LES FEMMES DE L’OMBRE - de Jean-Paul Salomé. (0/20)
France - Couleur, 1h58 - 2007.
Avec : Sophie Marceau, Julie Depardieu, Marie Gillain, Déborah François, Maya Sansa, Moritz Bleibtreu, Julien Boisselier.

Guerre : Cette fois il s’agit d’un drame bien dramatique... comme tous les films de ce cher Salomé ! Qui ne se souvient de son Belphégor avec toujours la môme Marceau dans le rôle principal ? Dans ce merdier - et je pèse mon mot - filmé par un écolier de sixième pas très doué, aux décors, costumes, ambiance, et tout le tralala, insupportables, nous avons droit à une quasi parodie... bien sûr, involontaire ! Il s’agit en gros de cinq femmes qui, pendant la deuxième mondiale sont chargées d’une mission périlleuse ; donc un film sur la résistance, et attention les yeux et les oreilles, féminine la résistance ! Quand on voit comment les gonzes sont sapées, carminées et comment elles tortillent du cul, en faisant siffler la mitraillette à l’occasion, eh bien, on a plutôt envie de rire... cependant, il faut pour cela être d’excellente humeur ! Ce ratage monumental aux clichés les plus inimaginables est bien évidemment une offense aux femmes qui se sont réellement sacrifiées en France, durant l’occupation allemande ! N’insistons point sur l’histoire d’une idiotie imbuvable ; disons simplement (il n’est absolument pas question de censure !) qu’ il ne devrait plus se trouver de gens pour financer des oeuvres de vermine ! Là encore je pèse mon mot. Quant aux personnages masculins, l’officier allemand a réussi tout de même à nous faire marrer... un vrai guignol surtout lorsqu’il est blessé à l’oreille droite, et qu’il porte un énorme sparadrap ressemblant à une pince à linge ! Finissons par le pauvre Julien Boisselier, qui par ailleurs n’est pas si mauvais que ça, mais ne parvient pas, dans un navet pareil, à être crédible une demi-seconde. Il interprète ici le rôle d’un indestructible résistant ayant bouffé de la torture jusqu’à en redemander, doublé d’un officier d’une bravoure qui ferait trembler Achille lui-même ! Allez, soyez cléments, n’allez pas voir cette merde.

 

 

IL Y A LONGTEMPS QUE JE T’AIME - de Philippe Claudel. (0/20)
France - Couleur, 1h55 - 2007.
Avec : Kristin Scott Thomas, Elsa Zylberstein, Serge Hazanavicius, Laurent Grevill, Frédéric Pierrot.

Drame : Eh v’là que ça recommence !!! Vive le cinéma français !!! Première question, je l’avoue quelque peu conventionnelle, venant de moi : que vient foutre au cinéma un scribouillard comme Philippe Claudel ?!? Avant ce film, il n’a même jamais su, ce qu’était une caméra ; ce qu’était un plan ; encore moins une séquence ; et passons sur les personnages ! La daube commence ainsi : t’as (la plutôt excellente actrice par ailleurs) Kristin Scott Thomas, qu’est assise sur une chaise et sur ses fesses qui plus est. Juste en face d’elle, une tablette de café. On a tout fait pour l’enlaidir, ne surtout pas savoir la maquiller, mais ce n’est pas grave ; même si elle sort d’une longue détention en prison, elle est habillée par les plus grands couturiers. Voilà de quoi commencer déjà à te friser les poils de cul. Arrive là-dessus, sa soeur, toute gaite, pour la ramener à sa maison, dans laquelle la pauvre Kristin est invitée. C’est filmé, j’te raconte pas comment ! C’est du crédible, pire qu’une série Z - je suis désolé, il n’y a pas d’autres lettres après...- Ensuite, l’on voit petit à petit un suspens inhumain, les raisons pour lesquelles la pauvre nana est restée si longtemps derrière les barreaux... J’te la fais courte parce que ce n’est pas la peine que je te fasse chier autant que moi je me suis emmerdé, - savoir près de deux heures -. Il s’agit en fait d’un thème très actuel, donc très mode : le drame de l’euthanasie. Au passage, t’as quelques débiles mentaux, comme le mari de la frangine, le futur amoureux de Kristin, et quelques autres qui ne cessent de dégoiser les âneries écrites dans ce que je n’oserai appeler un script. C’est du rarement vu, du gravement chiant, du pseudo cinéma à éviter en prenant ses jambes à son cou ! Je sais que mon appréciation et mon explication sont plutôt lapidaires, mais quand on assiste à un tel massacre on fait son salut militaire si on est bidasse ; son signe de croix si l’on est bigot ; ou bien hara-kiri si on est samouraï. Quant à moi qui ne suis que trivial, j’en pète un grand coup !

 

 

INTO THE WILD - de Sean Penn. (15/20)
USA - Couleur, 2h27 - 2007.
Avec : Emile Hirsch, Hal Holbrook, Vince Vaughn, Catherine Keener, William Hurt.

Aventures : Jusqu’où peut aller un adolescent au seuil du monde adulte ? Surtout le nôtre qui est moderne, nous répète-t-on inlassablement. Eh bien, jusqu’en Alaska, pourquoi pas. C’est ce que va tenter de faire le jeune protagoniste de ce film souvent passionnant, plutôt que d’accepter en cadeau une superbe bagnole offerte par son, un peu moins superbe, papa... Entre parenthèses, notons au passage que le malheureux William Hurt a des rôles importants dans des stupidités comme Angles d’attaque, et juste quelques répliques dans des films sortant résolument de l’ordinaire comme celui-ci. Que cette oeuvre soit inspirée par des faits authentiques ne nous intéresse que très moyennement ; sa particularité principale, c’est de nous conter une aventure réaliste, sans excès ni explosion. Un film intelligent en somme. Notre jeune héros va faire quelques rencontres agréables et instructives, que ce soit avec un jeune rigolard ou avec un vieux sage. Difficile de dire autre chose que - pour la quatrième fois - Sean Penn nous sert un film sans accents aigus, mais avec des intonations qui lui sont propres. Penn est un bon narrateur cinématographique. Sean sait construire chacun de ses plans et chacune de ses séquences. Sean Penn, sans être encore devenu ce que l’on appelle vulgairement un très grand cinéaste, possède, et ce depuis sa première réalisation, suffisamment de coffre, d’étoffe et de neurones pour nous accrocher à ce qu’il a envie de dire... et il a beaucoup d’envies. Nous attendons tous avec une certaine impatience son prochain film et peut-être un jour, une oeuvre d’anthologie. Pour plus de détails sur le film en question, je me permets de conseiller aux cinéphiles d’aller tout bonnement le voir, en salle de préférence.

 

 

IT’S A FREE WORLD... - de Ken Loach. (12/20)
Grande-Bretagne - Couleur, 1h33 - 2007.
Avec : Kierston Wareing, Juliet Ellis, Leslaw Zurek, Koe Siffleet, Colin Coughlin.

Drame : On pourrait dire du retour de Ken Loach qu’il est presque conventionnel. En effet, il revient à ses éternelles amours, si l’on ose s’exprimer ainsi. Le drame social. Je n’ai nullement dit l’étude, l’observation ou la réflexion, qui sont bien sûr tous présents, j’ai bien dit drame. Loach n’a pour ainsi dire jamais raconté d’histoires de “héros”. Cette fois, pourtant, il nous plonge la tête un peu plus dans la boue politique de nos sociétés toujours aussi modernes. L’histoire est simple ; une jeune femme, qui en a plein les bottes de peiner à se nourrir, elle et son enfant, décide de monter sa propre boîte d’intérim. Comme la légalité, la simple honnêteté, l’intelligence citoyenne, ont toujours été peu respectées dans notre civilisation, elle va rapidement virer de bord - sans même réellement s’en rendre compte - en passant d’exploitée à exploiteur. Tout simplement sans s’en rendre compte, elle va “illégaliser” sa démarche professionnelle. Voilà bien sûr de quoi réfléchir. Serait-on obligé, pour ne pas crever de faim, de faire comme tous les autres salauds, savoir tricher... ? Le constat implacable et clément à la fois de Ken Loach est que dans notre monde cynique, il y a peu d’autres solutions. Cette fois, l’auteur, qui a toujours été, apparemment du moins, extrêmement simple et sobre dans ses réalisations, va, si je puis dire, aller encore de l’avant. C’est-à-dire reculer face à la victimisation des citoyens de quelque origine qu’ils soient, en nous claquant le beignet avec une mise en images que l’on serait tenté de juger, au lieu de simple et sobre, d’ordinaire voire de plate. On finit par détester le personnage principal, because grosse déception... mais, en sortant de la salle, notre réflexion n’en est que plus enrichie. Je n’aime pas le mot devoir, mais je l’utiliserais presque pour une fois en disant que tout citoyen qui se respecte a une certaine obligation d’aller voir cette oeuvre cinématographique.

 

 

NO COUNTRY FOR OLD MEN - de Ethan et Joel Coen. (15/20)
USA - Couleur, 2h02 - 2007.
Avec : Tommy Lee Jones, Javier Bardem, Josh Brolin, Woody Harrelson, Tess Harper, Kelly Macdonald, Garret Dillahunt, Barry Corbin.

Policier : A l’évidence ce pays n’est pas fait pour un vieux ! Y’a qu’à voir la gueule de ceusses qui sont un peu plus jeunes ! La gueule d’un Javier Bardem en tueur largement fêlé qui emploie des méthodes d’extermination dont le shérif Tommy Lee Jones n’aurait même pas rêvé. Bien qu’apparemment embrouillée, l’intrigue est simple et linéaire. Quelque part au Texas, il y a eu dans une vaste plaine un gros casse. Ajoutons à cela une bonne poignée de cadavres et l’affaire s’avère d’emblée bien sombre. Le fric a évidemment viré de camp et deux bonshommes notamment tiennent à le récupérer... surtout qu’il s’agit d’une somme conséquente. Le premier est un chanceux, le second une sorte de professionnel. Le premier est interprété par le trop rare Josh Brolin, le second, déjà nommé, Javier Bardem, est un type qui travaille pour une organisation sans pour autant travailler pour elle... mais plutôt pour sa propre gueule. Une gueule comme j’peux pas te raconter. Une gueule qui a été fort justement récompensée par la fameuse statuette Oscar. Cette gueule n’a pas que les dents longues, mais aussi les canons des différentes armes modernes qu’il utilise. Et bien sûr, cela va saigner ! Il va y avoir essentiellement une sorte de course poursuite et de chassés croisés entre ces deux gars. Qui baisera l’autre ? Toute la question de l’intrigue est là. Mais, au fond, les frères Coen posent une autre interrogation qui devient d’une actualité de plus en plus terrible, en même temps qu’elle se banalise. Le thème des frères Coen est fort. Bêtement, l’on pourrait se poser la question, jusqu’où va-t-on s’arrêter ? Ceci leur permet, avec tout leur savoir faire, (notons au passage qu’après plusieurs déceptions, les fameux frangins reviennent en force) de trouver un certain équilibre, à défaut d’un équilibre certain, de scruter le fonctionnement des insectes humains, tout en sachant doser entre le plaisir fascinant de la violence et l’incontournable condamnation de celle-ci. A l’évidence, le vieux shérif, nous apparaît comme une sorte d’innocent par rapport aux jeunes loups, qui ont tout de même pour la plupart une bonne petite quarantaine d’années d’âge. Cette oeuvre, ignorée au Festival de Cannes 2007, et oscarisée à souhait, propose une réflexion fondamentale, basique dirais-je même, sur, n’ayons pas peur de répéter, la condition humaine. L’on finit par avoir, non point de la condescendance, mais un sentiment tout de même quelque peu pathétique et sympathique pour le vieux shérif qui achève le film en racontant l’un de ses mauvais rêves.

 


PAPA EST EN VOYAGE D’AFFAIRES - (Otac na sluzbenom putu) de Emir Kusturica. (20/20)
Yougoslavie - Couleur, 2h15 - 1984. (Reprise / Re-vision)
Avec : Moreno de Bartoli, Miki Manojlovic, Mirjana Karanovic, Mustafa Nadarevic, Mira Furlan.

Comédie dramatique : Après la disparition du brave maréchal Tito, il y eut en ex-Yougaslavie, une nouvelle vague, non seulement cinématographique, mais de réflexion libre. Il faut préciser, sans aucun parti pris, que cette vague, même si elle fut présente dès le début des années quatre-vingt, un peu partout dans les régions yougoslaves, le plus fort impact de celle-ci se manifesta du côté Serbe. Pour la simple raison que Tito ayant toujours été un anti-serbe primaire, et les mêmes Serbes le lui ayant bien rendu (tant qu’ils le purent), réagirent les premiers en ouvrant enfin leurs gueules. Il y eut ainsi au cinéma, Slobodan Sijan, Kresoja, Goran Paskaljevic, Zafranovic, et quelques autres... Mais, surtout, le multi-ethnique bosniaque Kusturica. Son premier film plus que prometteur, Te souviens-tu de Dolly Bell ? ne me suffit point pour espérer qu’un jour il réaliserait autant de cinéma magnifique tel que mon film préféré Le temps des gitans. Cependant, dès à peine avoir atteint trente petits balais, il obtint une Palme d’Or à Cannes en 1985 (Palme d’Or fort discutée par certains détracteurs) avec le film - qui n’est que sa deuxième réalisation de longs métrages - Papa est en voyage d’affaires -. Mon étonnement fut si grand, ma satisfaction un peu ridicule, ainsi que ma curiosité tout excitée, me poussèrent à voir cette première grande oeuvre de notre ami artiste Emir. Je ne fus point déçu. Sans parler de chef-d'oeuvre, ce petit bijou m’éclata les prunelles et émut, peut-être à l’excès, mes origines yougoslaves. Certes, il s’agissait encore d’un film assez sage, traité horizontalement - savoir introduction, présentation de l’action, tout le développement central, suivis et terminés par ce que l’on appelle conventionnellement l’apothéose finale - ; il n’empêche que l’oeuvre me parut belle et réussie et que je la revis avec joie plus d’une fois... et encore tout récemment. L’on sentait déjà chez ce jeune homme, une maîtrise et une volonté d’économie d’effets (qu’il balayât par la suite d’une main divine) tout à fait admirables, sentant la formation universitaire dont il bénéficiât, mais qui, comme dirait l’autre, ne gâtait rien. Il s’agit, en fait, d’une petite révolte contre le communisme titiste (à savoir le communisme fumiste, qu’un certain Milovan Djilas, véritable révolutionnaire, arrivé à la seconde place du pouvoir yougoslave après la guerre, renia complètement et se retrouva en prison - il est vrai qu’il était Serbe) qui fit néanmoins quelques vagues. Ce qui n’empêche, une étude et une observation sociales et humaines d’une haute valeur. Comme dit plus haut, la réalisation, malgré sa sobriété, ne manque ni de poésie, ni même d’un certain lyrisme, et plaisir peut-être suprême, l’ouverture à une pleine contestation nullement gratuite ou vantarde. Je ne puis, personnellement, qu’applaudir une telle démarche au vu de la quasi perfection de la réalisation de l’oeuvre et à l’excellence de l’interprétation de l’ensemble des comédiens. Il me parait inutile d’insister davantage sur les qualités d’un cinéaste maintes fois reconnu par les hautes récompenses dûment méritées. En revanche tous ceux qui n’ont pas vu le film ou veulent le revoir, ne devraient pas hésiter à le faire. Pour ce qui est d’Emir Kusturica, il est conseillé de consulter l’excellent site de Matthieu Dhennin.

 

 

PARIS - de Cédric Klapisch. (0/20)
France - Couleur, 2h10 - 2007.
Avec : Juliete Binoche, Romain Duris, Fabrice Luchini, Albert Dupontel, François Cluzet,
Karin Viard, Gilles Lellouche, Mélanie Laurent, Zinedine Soualem, Olivia Bonamy.

Comédie dramatique : Paris est une grande ville. Paris est une ville grandement polluée. Paris a été mangée par les voitures, les spectateurs et les ploucs. Paris ne m’intéresse plus. Néanmoins, il y a encore des gens qui trouvent des financiers pour faire des films intitulés Paris. Qu’ils me pardonnent s’ils le peuvent, mais ces gens là, je les trouve petits... cependant encore plus pollués que la ville en question. C’est ici le cas de Klapisch, réel auteur d’un film - et d’un seul - Chacun cherche son chat. Depuis le succès de ce “petit” film, Cédric est parti dans tous les sens. Et plus il va dans tous les sens, plus il rétrécit. Cette fois, il s’la joue dramatique. Un jeune homme au coeur malade et sa frangine plutôt bienveillante qui soigne ses derniers jours. Quelques autres crétins que je ne vais pas m’amuser à énumérer ici, et le tour est joué. La merde dure 2h10 très exactement. Je pourrais en témoigner devant le Tribunal, car je l’ai subie pendant cette exacte durée. Dans ce film stupide, qui par dessus le marché, se veut créatif et artistique, il n’y a que des pelures de vieilles patates, accommodées d’oignons moisis, noyées par la fiente des mouches vertes. Nul et personne n’est crédible dans cette tentative de représentation, on ne peut plus veine et ridicule. Bien évidemment, on va me dire que je me répète, mais, que voulez-vous, je ne répète que ce que répète les pseudo cinéastes. Que voulez-vous que j’en foute d’un gars d’une trentaine d’années qui est soi-disant malade du coeur alors qu’il a l’air aussi malade qu’une betterave naissante, de sa frangine stupide et de tous les autres imbéciles. Le tout est tellement plastifié, normalisé dans le sens le pire du terme, lissé jusqu’au dernier souffle, savoir la dernière image dramatico-grotesque d’une poubelle vide et d’ordure et de sens. Le principal, c’est que le film plaise à nos concitoyens.

 

 

PROMETS-MOI - (Zavet) de Emir Kusturica. (0/20)
Serbie - Couleur, 2h06 - 2006.
Avec : Uros Milovanovic, Marija Petronijevic, Aleksanadar Bercek, Miki Manojlovic, Ljiljana Blagojevic, Stribor Kusturica.

Comédie : Depuis la mort de Sergio Leone, je n’ai jamais rêvé d’un cauchemar aussi tuant. Kusturica est de très loin le plus grand créateur et artiste du septième art. A mon goût certes. Toutefois, il y a des limites à tout. Et dans les deux sens. Jamais, au grand jamais, je n’aurai pu ni rêvé ni seulement imaginé les yeux grands ouverts que le gars qui a réalisé autant de chefs-d’oeuvre, mis en images et en son, et en musique, tant d’émotions étonnantes, allait un jour me décevoir à ce point !!! La question que je me pose est la suivante : “Qu’est-ce-que c’est cette mauvaise plaisanterie ?” Et d’abord, s’agit-il seulement d’une plaisanterie ? A-t-il voulu faire plaisir à son fils Cyclope aux deux yeux, en lui confiant notamment la création de la musique de ce film ? ainsi qu’une partition de comédien aussi importante ? On en arrive à se demander si ce n’est son junior Stribor le Cyclope aux deux yeux qui aurait réalisé cette sous-merde, et que papa aurait daigné, pour faire plaisir à son rejeton, signé de son nom illustre... ! Je n’osais croire les critiques en provenance du Festival de Cannes ; je n’osais croire qu’il eut pu avoir autant de détracteurs, même s’il en a toujours eu ; je n’osais croire qu’un jour Emir laisserait cours à son cerveau reptilien. Il n’y a aucune intrigue à raconter ici. Je suis, personnellement, tellement écoeuré, tellement désespéré, tellement trahi, que je n’ai plus envie de dire tout le mal (évident pour un homme équilibré) que je pense de cette espèce de poubelle vidée sous mes yeux et narines. Ah, Emir... si toi aussi tu nous abandonnes.... !

 


SANS PLUS ATTENDRE - (The Bucket List) de Rob Reiner. (7/20)
USA - Couleur, 1h36 - 2007.
Avec : Jack Nicholson, Morgan Freeman, Sean Hayes, Beverly Todd.

Comédie dramatique : Dernier voyage entre cancéreux au dernier degré. L’un, le nègre bien sûr, est un modeste mécano dans un garage ; l’autre, un beau blanc bien sûr, est multimillionnaire, et propriétaire d’un clinique. Le premier se nomme Morgan Freeman, l’autre Jack Nicholson. Autant dire deux immenses comédiens, sans parler de leur vedettariat. Leur rencontre se fera dans l’hôpital même dont le milliardaire est propriétaire. Comme le hasard fait bien les choses, ils vont partager la même chambre. Et puis, de fil en poils de cul, ils vont faire ami-ami. Après quoi, le milliardaire proposera au pauvre mécano une dernière virée monumentale avant de rendre l'âme que leur a prêtée le grand architecte de l’univers. Ils vont faire donc une sorte de tour du monde dont on ne verra que des séquelles. Mais, oh miracle, l’acariâtre milliardaire connaîtra enfin les saveurs d’une belle amitié. Ainsi, il va renaître de son cancer totalement mortel, grâce à la foi du vieux nègre qui, lui crèvera avant le blanc. Lorsqu' il viendra à mourir tout de même, le milliardaire exigera que l’on dépose son urne pleine de cendres égoïstes au côté de celles du récent descendant de l’homme. Racontée ainsi, cette connerie, je viens de le dire, n’est qu’une puante connerie. Cependant, nous avons affaire à deux acteurs de grande classe. Que ce soit Nicholson qui en fasse toujours des tonnes bien agréables, ou bien Freeman un peu plus sobre, mais beaucoup plus classieux, malgré un plaisir en pointillé, nous finissons quand même par avoir la gerbe au nez.

 

 

SWEENEY TODD, LE DIABOLIQUE BARBIER DE FLEET STREET - (Sweeney Todd, the Demon Barber of Fleet Street) de Tim Burton. (0/20)
USA - Couleur, 1h55 - 2007.
Avec : Johnny Depp, Helena Bonham Carter, Alan Rickman, Timothy Spall, Sacha Baron Cohen, Laura Michelle Kelly.

Horreur : Tim Burton est un cinéaste original. Ce que je viens de dire n’est pas du tout original. Son dernier film se veut original. Son dernier film n’est pas du tout original. Durant près de deux heures, il nous emmerde avec des notes mal écrites, avec pour base une histoire complètement usée jusqu’à la corde. Certes, le casting n’est pas détestable. Mais dans une telle enreprise, qui peut être bon ou tout du moins intéressant? Il a repris pour la énième son pote Johnny et bien sûr sa meuf Helena. Il a décoré cela avec force luxe, nous cassant ce qui nous reste de burne avec de la fausseté. T’as un con qui arrive par bateau sur les lieux d’une autre époque. Il redevient barbier avec l’aide d’une boulangère et tranche la gorge à tous ses ennemis. Le tout sans fondement narratif aucun ou quasiment nul, ce qui produit en nous, le spectateur, un effet fort interrogatif. L’ensemble est bien sûr soigné. Mais l’on peut tout aussi bien soigner un verre saupoudré d’arsenic. Et lorsque l’on vide le verre, eh bien, l’on meurt. Que dire, mais que dire du néant ? Il ne s’agit pas de casser l’oeuvre de Tim Burton en général ; il a fait d’excellentes choses cet homme. Seulement là, il s’la joue people tout en plongeant sa tête mal coiffée dans une baignoire pleine d’eau sale parfumée au shampooing dernier cri. Allez, Tim, la prochaine fois que tu auras des démangeaisons, va jouer avec tes crottes de nez au lieu de gaspiller l’argent de tes financiers.

 

 

THERE WILL BE BLOOD - de Paul Thomas Anderson. (20/20)
USA - Couleur, 2h38 - 2007.
Avec : Daniel Day-Lewis, Paul Dano, Kevin J. O’Connor, Ciaran Hinds, Dillon Freasier.

Drame : Ici il y aura du sang. La métaphore est claire. Du reste, ce film s’inspire d’un bouquin, ce qui n’est pas rien. Ici, il y aura du sang, ici il y a eu du sang, ici il y aura toujours du sang... tant qu’il y aura des humains pour verser leur liquide le plus précieux. De nos jours, nous nous rendons de plus en plus compte à quel point notre sang devient noir. Ce sang, nous le mettons dans des engins à quatre roues, dans des bouteilles en plastique, et bientôt nous pourrons nous le mettre où je pense. Cependant, le personnage central et principal de ce film n’est pas seulement amateur de richesse noire ou jaune. Sa volonté, son ambition, sa colère, sa haine, son amour, tout ne vise que le pouvoir. Bien sûr, ayant découvert un certain puits de pétrole, puis ayant spéculé, marchandé, magouillé, usé tous les tours plus ou moins pendables germés dans son cerveau nullement négligeable, tout cela ne vise que le trône. A preuve, la façon dont il finit, bourré de fric, mais insatiable de pouvoir ! L’histoire de ce film, vous la verrez ou bien vous la lirez... Inutile de raconter les débuts aussi fous, aussi courageux et téméraires et aussi fous d’un homme qui parvint à ses fins, à force de volonté, de travail bien sûr et, malheureusement d’obsession. La grande réussite de cette histoire filmique, c’est que le thème principal est le support de la forme et que la forme n’est que le support du thème. Ce qui prédomine, comme d’habitude, c’est l’humain. L’humain dans toute sa splendeur et dans toute sa misère. Daniel Day-Lewis, l’acteur principal de ce film magistral, apporte (outre l’Oscar dont il a été récompensé) toute la dimension multidimensionnelle, multi-intellectuelle, multi-sentimentale de l’être humain. Il est aussi prodigieux lorsqu’il se pète une canne dans un puits à peine foré, que lorsqu’il est quasiment au sommet de sa gloire. L’importance de cette oeuvre cinématographique est que l’on nous donne du grain à moudre par rapport aux capacités “intello-humaines” qui mènent, pour parler schématiquement soit vers le paradis, soit vers l’enfer. L’essentiel, est de savoir finalement, l’exacte définition du paradis et de l’enfer. Ce film a le mérite de nous donner cette possibilité. Le personnage principal est-il le diable ou le bon dieu ? Le personnage principal n’est-il qu’une crapule ou plus simplement l’expression caricaturale de l’être humain au sommet d’une réflexion magistrale mal orientée ? Quoi qu’il en soit, voilà un film supérieurement interprété, qu’il est indispensable d’aller consulter.

 

 

LA ZONA - de Rodrigo Pla. (9/20)
Mexique / Espagne - Couleur, 1h38 - 2007.
Avec : Daniel Gimenez Cacho, Daniel Tovar, Carlos Bardem, Maribel Verdu.

Policier : Eternel problème entre riches et pauvres. A Mexico, trois jeunes “casse-couilles” s’introduisent dans une petite communauté fort riche et placée sous haute surveillance vidéo. Cette communauté, cette espèce de quartier, s’appelle la Zona. D’une manière générale, que veulent les pauvres ? Bouffer un peu plus à leur faim ? Profiter un tout petit peu plus des richesses actuelles ? Ou bien, expurger leur saloperie satanique ? Cherchez l’erreur. Allez donc voir ce petit film hispano-mexicain, lequel, sans pitié, sans concession, sans misérabilisme nous narre les terribles mésaventures de trois petits... zonards... qui ne font pas partie de la Zona..

 


 

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