DECEMBRE 2010

Semaine 48 Du 01/12/2010 au 07/12/2010


A BOUT PORTANT - de Fred Cavayé. (5/20)
France - Couleur, 1h25 - 2010.
Avec : Gilles Lellouche, Roschdy Zem, Gérard Lanvin, Elena Anaya, Mireille Perrier, Claire Perot, Moussa Maaskri, Adel Bencherif.

Policier : A ne pas confondre, évidemment, avec le classique du polar américain portant le même titre en français : The Killers, de Don Siegel (1964), avec Lee Marvin, John Cassavetes et un certain... Ronald Reagan. Cela dit, Cavayé est en train de bégayer. Après Pour elle, il nous propose le deuxième volet de la série “le sauveur d’épouse”. En effet, Samuel, aide-soignant et bientôt infirmier, se voit kidnapper sa femme enceinte et au bord de l’accouchement par des salopards... puis re-kidnapper par d’autres enflures, des flics un peu particuliers cette fois. Nadia, l’épouse du gars, porte à merveille un coussin durant tout le film... coussin qui va se transformer miraculeusement en jolie nouveau-née à la fin. Nous avons droit à un film qui bouge, un film d’action comme on dit, un film qui se bouscule parfois lui-même, des scènes heurtées pas toujours très bien montées. Notre Samuel (G.Lellouche), s’étant transformé en Supergilles va tout casser pour retrouver et libérer sa bien-aimée en quelques petites heures. Quant à Lellouche, déjà qu’il a une gueule difficile à regarder en face, il nous gratifie en plus d’une articulation fort moderne et à toute épreuve, savoir que l’on ne comprend que lerche à ce qu’il bafouille. Il serait grand temps, comme pas mal d’autres prétendus comédiens, qu’il prenne des cours de diction. Roschdy Zem joue le rôle d’un mec sérieusement blessé qui te sort du coma, mon con, quelque chose de “batmanesque”. Il va tout casser lui aussi. Lanvin fait de la figuration et ce n’est pas plus mal. Mireille Perrier, la pauvre, semble revenue des Enfers. Bref, tout va pour le mieux dans le monde de la vidéo française. Nota molto bene: je ne me suis pas ennuyé. Toujours ça de pris.

 


UN HOMME QUI CRIE - de Mahamat Saleh Haroun.(6/20)
Tchad / France / Belgique - Couleur, 1h32 - 2009.
Avec : Youssouf Djaoro, Diouc Koma, Emile Abossolo M’Bo, Djénéba Koné, Hadjé Fatimé N’goua, Marius Yelolo, Heling Li.

Drame : Nous sommes au Tchad, pays qui à l’heure actuelle, comme beaucoup de régions africaines, connaît la guerre perpétuelle. L’auteur nous conte en demi teinte, la triste histoire d’Adam, maître nageur ex-champion de natation, et de son fils Abdel. En vertu d’un “effort de guerre” contre les rebelles, le gouvernement recrute ardemment de la chair à canon... à moins de casquer... Seulement, il arrive un jour où Adam, problèmes professionnels “aidant”, se retrouve sans une et donc son fils Abdel est engagé de force. Il va perdre sa jeune vie au nom de la plus détestable connerie. (Pour ce qui est des conflits subsahariens, on a le droit de lire le dernier bouquin de Pierre Péan, récemment paru aux Editions Fayard, Carnages - Les guerres secrètes des grandes puissances en Afrique). Malgré les plus excellentes intentions du monde et une démarche hautement respectable, le film ne nous bouleverse que fort peu, discret, effacé, (presque timide), qu’il est. A noter la belle et sobre prestation de Youssouf Djaoro dans le rôle d’Adam.

 


VENUS NOIRE - de Abdellatif Kechiche. (17/20)
France - Couleur, 2h44 - 2009.
Avec : Yahima Torres, André Jacobs, Olivier Gourmet, Elina Löwensohn, François Marthouret, Michel Gionti, Jean-Christophe Bouvet, Jonathan Pienaar.

Drame : Désormais, je vais considérer les films de Kechiche avec encore plus de respect que par le passé. Nous sommes à Londres en 1810. Une jeune femme sud-africaine, d’une vingtaine d’années, aux formes - fessier, poitrine et tout le toutim - hypertrophiées, est asservie sur la scène d’un bouge de la capitale dans le but d’égayer une foule de spectateurs braillards. Son manager, Hendrick Caezar, est un bonhomme mi-cruel, mi-compréhensif avec la malheureuse Saartjie, plus tard baptisée en bonne et due forme Sarah. Après tout, elle a allaité ses mômes et dans la tête de son patron elle fait un peu partie de la famille. Au bout d’un temps, les affaires ne tournant plus très bien, Hendrick va vendre la jeune femme à un certain Réaux, esclavagiste-manager de son état. Alors, vont commencer des tournées dans les salons aristo-huppés parisiens. Réaux va exploiter au maximum les possibilités d’attraction extravagante de Saartjie; ce qui nous vaudra des scènes paroxysmiques - douleur et souffrance extrêmes de la “vedette” et prodigieux cynisme des spectateurs maniérés mais aussi pourris - sinon plus - que la pire des populaces. Lorsqu’il aura dépassé certaines bornes, Réaux, ne pouvant plus exploiter Saartjie en l’exhibant, va la faire trimer comme putain dans un bordel. Atteinte d’une sérieuse infection, la vénus noire devra quitter la maison close et faire le trottoir... et mourir comme la dernière des damnées dans la rue... En s’effondrant de maladie et d’épuisement... Réaux ira jusqu’à récupérer son corps pour le vendre à un groupe de scientifiques. Les longues séquences de Kechiche qui, réalisées par un autre seraient barbantes, nous permettent de profiter de son sens de la mise en scène et de l’observation. Car il observe. Et bien. Beaucoup plus que bien, servi qu’il est par des comédiens investis corps et âme dans leur travail artistique. Yahima Torres, l’oiseau rarissime, est touchante voire bouleversante avec ses silences, son obéissance proche d’une bête de somme; avec ses larmes discrètes, sa façon systématique et compulsive de boire verre sur verre de l’alcool... et la sourde révolte qui gronde sans faire de bruit au fond d’elle-même. André Jacobs dans le rôle de Hendrick, le premier maître de l’esclave noire, nous étonne par sa subtile manière de mêler méchanceté, avidité, brutalité et une forme de gentillesse presque tendre parfois. Quant à Olivier Gourmet, dans le rôle du salaud intégral, j’ai nommé Réaux, (emploi qui lui sied à merveille), il est tout simplement prodigieux. Néanmoins, notre misérable vénus jouira post mortem de l’honneur de figurer dans un musée. (Le film de Kechiche s’inspire de faits authentiques, ne l’oublions pas). Il faut aussi citer Elina Löwensohn dans le rôle de Jeanne, une traînée alcoolique, et bien sûr, l’élégant François Marthouret - que l’on ne présente plus - au jeu toujours aussi posé et impeccable. Ce film exceptionnel n’a fait à présent que 200.000 entrées et des brouettes sur la France entière. Mmmouais...!

 



 

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