FEVRIER 2010

Semaine 5 Du 03-02-2010 au 09-02-2010


LES CHATS PERSANS - (Khasi az gorbehaye irani khabar nadareh) - de Bahman Ghobadi. (14/20)
Iran - Couleur, 1h41 - 2008.
Abec : Negar Shaghaghi, Ashkan Koshanejad, Hamed Behdad.

Comédie dramatique : Réalisateur et scénariste, Ghobadi est surtout connu pour Un temps pour l’ivresse des chevaux , (Caméra d’or à Cannes 2000), son premier long métrage et aussi premier film kurde produit en Iran. A l’inverse de cette oeuvre sobre et réaliste, Les chats persans se distingue par un écran large, résolument plus moderne et occidental; un constat social toujours très sombre mais essentiellement musical - énergique et refusant la déprime. Néanmoins, il conserve son style et le film n’est absolument pas un paquet de lessive destiné à ratisser large coûte que coûte. Une jeune femme et un jeune homme tentent ici, désespérément, de monter un groupe rock forcément marginal dans un Téhéran étouffé par la dictature. Dans le même temps ils s’emploient à quitter leur pays pour s’installer en Europe. Mission impossible que seuls leur jeune âge et leur flamme artistique leur permettent d’envisager la réussite. Nous avons ainsi la possibilité, tout au long de leurs recherches de partenaires musiciens, de découvrir la large et étonnante palette de personnages décalés au service d’expressions musicales - bien que toutes considérées comme underground et interdites - très variées : rock, pop, jazz, rap, populaires et traditionnelles... Et, comme Ghobadi est tout aussi malin et habile qu’intelligent, il y va mollo. C’est du crescendo qui démarre piano pianissimo. Au début, tu te marres. Les gueules et fringues des musicos, ressemblent à une parodie simiesque de la démarche pop-rock anglo-américaine. Puis, tu te rends compte qu’ils ne plaisantent pas avec leurs instruments et voix; tu te rends compte que derrière la façade de leurs barbes et chevelures, il y a autre chose que de la frime et de l’imitation. Au plan humain à l’évidence. Au plan artistique itou. Qui plus est, l’esprit et la révolte sont là et bien là. Là-bas, il y a de quoi flipper grave. Tu sens la renaissance de la pop-rock grâce et à cause de l’oppression socio-politique. Depuis les années 80, nous autres occidentaux avons perdu la grâce de la marginalité et la musique qui s’est transformée en zizique s’en ressent bien sûr. Pourtant, il y aurait de quoi faire de par chez nous et par les temps qui courent ! Seulement, nous sommes ramollis par nos ventres pleins de mauvaise bouffe et nos tête pleines de merde lisse. Là-bas, la révolte saine gronde. Pourvu qu’un jour prochain, quand cela ira mieux, ils n’aient pas vendu leur âme au diable au passage - comme leurs prédécesseurs occidentaux. Toujours est-il que dans ce film, au début progressivement décevant, un virage tout en douceur se produit lorsque le guitariste cool interprète, devant un public de gamins dans une sorte de salle de classe, des morceaux que son instrument guidé par ses doigts magiques parvient à extraire de la morosité et de la tristesse ambiantes. Le crescendo va se poursuivre via une sorte de “Tom Waits”, à la voie éraillée bien sûr; via un spectacle musical - chanté et dansé au beau milieu de la campagne par un groupe “régional”; via, et là on atteint des sommets (surtout moi qui ai toujours eu un problème avec le style plus moins musical parlé-chanté !) avec un clip rap monstrueusement beau ! L’interprète a une tronche de décalé assassin de petits mômes, des yeux et un regard perfides et fascinants, un texte - très bien articulé pour une fois - explosif et plus que justifié par un support social cauchemardesque... et une voix, j’te raconte pas. L’histoire est certes dramatique, mais que l’on aille pas croire qu’elle soit misérabiliste. C’est du pur enchantement, cas de le dire, que l’on nous offre ici - malgré quelques réserves côte interprétation de certains rôles et quelques faiblesses que l’on oublie vite.

 


OCEANS - Jacques Perrin et Jacques Cluzaud. (19/20)
France - Couleur, 1h43 - 2009.

Documentaire : Après les petites bêtes de Microcosmos et les splendides volatiles de Le peuple migrateur, Jacques Perrin nous plonge aux fins fonds des océans du monde entier. Une fois de plus, c’est du jamais vu et il est difficile de raconter un tant soit peu un film comme celui-ci qui est fait pour être regardé. Comme tous les films à priori, me diras-tu. Il est évident que le budget est colossal, que le travail de préparation, de réalisation et du montage ont pris plusieurs années; que de nouveaux moyens techniques ont été mis au point pour réaliser ce film hors normes, gigantesque spectacle (pas besoin de lunettes spéciales) qui nous émerveille les mirettes, nous apprend l’infini richesse de notre planète et nous met en garde quand à notre impact sur la nature. Cependant, les propos ne sont nullement envahissants - à peine un peu cuculs, mais sereins essentiellement. On se marre aussi. Voir des “personnages” comme “le boxeur thaï”, hallucinant de rapidité lorsqu’il frappe; ou encore deux bandes rivales de zonards sous-marins (du genre crabes ou que-sais-je...) se castagner - ils sont innombrables - comme des fous furieux, ça vaut son pesant ! Allez, je ferme ma tronche en invitant tout le monde à aller se faire plaisir. Cela dit, les spectateurs sont déjà nombreux et le film finira multimillionnaire en nombre d’entrées.

 


RAPT - de Lucas Belvaux. (10/20)
France - Couleur, 2h05 - 2008.
Avec : Yvan Attal, Anne Consigny, André Marcon, Françoise Fabian, Alex Descas.

Policier : Un riche et puissant homme d’affaires, Stanislas Graff, est kidnappé par une bande de salopards et ne sera libéré que contre forte rançon. Voilà le topo. Il va en chier pendant soixante-trois jours, séquestré, affamé, humilié et... amputé d’un doigt. Dans le même temps, à l’extérieur, les personnes en mesure de casquer hésitent, traînent la patte pour divers motifs plus ou moins valables. Quant à la police et à la presse, elles vont, au fil de l’enquête révéler plus d’un aspect intime de Graff - faisant partie de son jardin secret. Lorsque, finalement, il sortira de cet enfer, Stanislas s’aperçevra très vite que tout le monde s’est éloigné de lui, femme, enfants, famille, collègues ou amis. C’est seulement après un début laborieux et d’une bonne durée, que le film de Belvaux démarre. En effet, c’est dans la deuxième partie que toute l’histoire prend forme et pose un certain nombre de questions. Questions relatives à la personnalité de Stanislas, à ce qu’il représente dans sa société intime et moins intime. Un douloureux constat pour Graff, se rendant compte, comme beaucoup de personnes, que dès l’instant où tu es affaibli, pour une raison ou mille autres, ton entourage te crache à la gueule d’une manière ou d’une autre. A noter, dans la deuxième partie du film, l’excellence de la prestation de Yvan Attal - réellement amaigri, épuisé et d’une présence fort convaincante. A noter aussi Anne Consigny, pour une fois dans le rôle d’un méchant personnage.

 


UNE AFFAIRE D’ETAT - de Eric Valette.(7/20)
France - Couleur, 1h39 - 2008.
Avec : Rachida Brakni, André Dussoliier, Thierry Frémont, Christine Boisson, Gérald Laroche, Serge Hazanavicius, Eric Savin.

Espionnage : Quel est donc le rapport entre cet avion chargé d’armes qui explose au-dessus du Golfe de Guinée et le meurtre d’une pute de luxe dans un parking parisien ? Une inspectrice pour le moins dynamique (Rachida Brakni) va s’occuper du meurtre tout en se retrouvant en conflit avec sa hiérarchie pendant que le Monsieur Afrique du gouvernement (André Dussollier) va tenter d’étouffer cette affaire d’état que l’explosion de l’avion a déclenchée. Au passage, nous avons droit à un liquidateur niqué de la cervelle et cruel comme pas deux qui agresse tout ce qui bouge, interprété par Thierry Frémont. Il y a de l’action brutale ou autre, le truc bouge, on ne s’emmerde pas, mais... au total, on s’en fout. Regardable mais pas indispensable.

 



 

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