MAI/JUIN 2010

Semaine 21/23 Du 26-05-2010 au 15-06-2010


AJAMI - de Scandar Copti et Yaron Shani. (10/20)
Israël - Couleur, 1h59 - 2008.
Avec : Shakir Kabaha, Ibrahim Frege, Fouad Habash, Eran Naim, Youssef Sahwani,
Ranin Karim, Scandar Copti, Elias Saba, Hilal Kabob, Nisrin Rihan.

Policier : Ajami, quartier de Jaffa. Copti et Shani nous y proposent une sorte de polar - genre vaste par excellence - mais qui peut être qualifié de drame, voire plus précisément de drame social. Il fait chaud dans ce coin du globe. Palestiniens, Israéliens, chrétiens, musulmans ou juifs y cohabitent... et ce ne sont pas les conflits qui manquent... et pas seulement entre différentes communautés, n’est-ce pas. Ici, pas de parti pris, il s’agit de la peinture de milieux actuels en un endroit souvent quasi infernal. Il y a deux histoires contées d’abord en parallèle mais qui finissent pas se rejoindre... Deux protagonistes sont au coeur de chacune d’elles. L’un, Omar, dix-neuf ans a des comptes à régler avec une mafia fort sérieuse et teigneuse, suite à une rixe dans le café de son oncle. L’autre, Malek, est un garçon palestinien de quatorze ans qui travaille clandestinement afin de payer les soins de sa mère gravement malade. Jusqu’où iront-ils pour trouver les sommes d’argent importantes dont ils ont absolument besoin pour se tirer d’affaire ? Entre-temps, nous croisons bien d’autres personnages, tous victimes d’un gros malaise. En effet, il ne faut pas oublier le petit frère de treize ans d’Omar, Nasri. Ni Binj (interprété par le coréalisateur Scandar Copti), qui est un doux rêveur marginal qui partage sa vie avec une chrétienne. Ou encore, le tourmenté Dando, policier de son état, à la recherche de l’assassin, présumé arabe, de son frère. Ici, ce ne sont pas les personnages qui manquent. Précisons tout de suite que le scénario frôle le chef-d’oeuvre et que les acteurs sont plus que corrects; mais, bon sang, tant d’intelligence narrative au service d’une caméra de poche - qui en fait doit tenir dans une boîte d’allumettes... c’est vraiment du gâchis ! Je sais, je sais, les gars ont fait de leur mieux avec les moyens du bord. Du reste, comme la tension va crescendo, l’on finit même par écraser une larme ou deux à la fin... une fin qu’on ne raconte pas, s’il vous plaît, soulignée par une sublime musique du pays qui, en fait, nous fait presque pleurer comme une madeleinette. Pour finir, on a l’impression d’assister à un spectacle réalisé par des enfants sacrément bourrés d’idées et c’est plutôt émouvant. Je souhaite, pour ma part, que les deux “gamins” responsables de ce filmounet fort intéressant deviennent grands, beaux et forts. Rappelons que Ajami a obtenu à Cannes 2009 une Mention spéciale à la Caméra d’or, le grand prix ayant été décerné à Samson et Delilah, autre film plus que remarquable. Quel excellent jury en 2009 ! C’est exactement les récompenses que j’aurais décernées moi-même.

 


DANS SES YEUX - (El secreto de sus ojos) - de Juan José Campanella. (17/20)
Argentine - Couleur, 2h09 - 2009.
Avec : Ricardo Darin, Soledad Villamil, Pablo Rago, Guillermo Francella, Javier Godino.

Policier : Vingt-cinq ans après un crime atroce, l’enquêteur (Esposito) désormais à la retraite entreprend d’écrire un livre à propos de cette affaire, tant elle l’a marqué. La victime fut une jeune femme, violée puis massacrée. Dans le même temps, l’auteur évoque son drame sentimental - une histoire d’amour impossible avec sa supérieure hiérarchique, Irene (Soledad Villamil). Un travail de mémoire complète la trame de ce film superbement réalisé - si ce n’est une petite longueur dans la dernière partie. Il s’agit en quelque sorte d’une oeuvre complète dont les personnages sont fort soigneusement ciselés... une oeuvre qui se promène dans la mémoire collective blessée d’une Argentine saccagée par une dictature féroce et des magouilles économiques ahurissantes. Ici, Esposito, au travers du bouquin qu’il a du mal à boucler, fait un travail de correction et de réconciliation... avec ses propres souvenirs, avec ses propres sentiments (en effet, il voit toujours son amie Irene), avec son métier... en résolvant enfin le problème du meurtre immonde...? Inutile de préciser que Ricardo Darin (Esposito) est comme toujours excellent; mais, nous découvrons dans ce film des artistes peu connus de par chez nous : Soledad Villamil, Pablo Rago (le mari de la victime), Javier Godino (l’assassin ?) et surtout Guillermo Francella - oh! combien pittoresque - dans le rôle de l’ami imbibé d’alcool et collègue d’Esposito. En plus du suspense, de quelques séquences d’anthologie (dont la poursuite au stade durant un match de foot), on a droit à une fin fort élégante - un zeste hollywoodienne - accompagnée d’une musique romantique juste ce qu’il faut. Oscar 2010 du meilleur film étranger.

 


GREENBERG - de Noah Baumbach. (10/20)
USA - Couleur, 1h45 - 2009.
Avec : Ben Stiller, Greta Gerwig, Rhys Ifans, Jennifer Jason Leigh, Chris Messina.

Comédie dramatique : Roger Greenberg, musicien sur la touche, sort d’un hôpital psychiatrique suite à une dépression nerveuse carabinée. Il va profiter du départ - durant six semaines - de son frère et de sa belle-soeur au Viêt-Nam pour s’installer dans leur confortable maison. C’est ainsi qu’il fera la connaissance de la jeune et charmante Florence Marr, assistante personnelle de son frangin. En effet, elle revient régulièrement à la baraque pour s’occuper du chien notamment ... et éventuellement de Roger. Florence, vingt-cinq ans, et le quadragénaire Roger vont se lier de sympathie puis d’amitié et même un peu plus... puisque affinités... Seulement voilà, Greenberg est toujours chamboulé dans sa tronche et un peu trop agressif. Par ailleurs, il reverra son pote Ivan, autrefois complice musicien; un Ivan changé, désintoxiqué et qui ne boit plus que du thé; un Ivan rangé avec femme et enfant. Quelques conflits vont pointer le bout de leur nez entre les deux hommes. Jusqu’à l’explication finale. Quant à la jeune Florence... ça ne va pas être simple. Il s’agit d’une nana timide et maladroite, au charme doux et discret (formidable Greta Gerwig que l’on découvre ici pour la première fois sur grand écran en France), serviable et “baisouilleuse” facile... Cela dit, même les histoires les plus compliquées peuvent s’arranger... Ce qui est intéressant dans ce film, c’est la description subtile - un tantinet mollassonne - de ce gars et de son malaise; malaise dû à son ratage artistique sans doute, mais aussi par rapport au monde actuel peuplé d’une jeunesse plastifiée... Toutes proportions respectées, quelques réminiscences de Five Easy Pieces apparaissent ça et là... quarante après la réalisation du chef-d’oeuvre de Bob Rafelson. Signalons aux allergiques à Ben Stiller qu’il est dans ce film très supportable.

 


 

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