MARS/AVRIL 2010

Semaine 12/14 Du 24-03-2010 au 13-04-2010


BLANC COMME NEIGE - de Christophe Blanc. (13/20)
France - Couleur, 1h35 - 2009.
Avec : François Cluzet, Olivier Gourmet, Louise Bourgoin, Jonathan Zaccaï, Bouli Lanners, Pertti Koivula.

Policier : Maxime, concessionnaire automobile, a tout pour être heureux. Belle femme, jolie fillette et pas mal de fric. Jusqu’au jour où son associé, à force de traficoter avec des mafieux finlandais du genre calibre supérieur, se fait zigouiller... et ses dettes - 900.000 euros - retombent sur le dos de notre brave Maxime. Les affreux ne vont plus le lâcher... alors qu’il n’est au courant de rien. Les péripéties vont vite virer graves et saignantes malgré l’aide de ses potes. Max a du mal et à réaliser la situasse et à tenir au fait son épouse. D’où multiples complications fort angoissantes. On ne va pas raconter l’intrigue davantage; mais, force est de préciser que le film fonctionne vachement bien côté suspense et violence (sans excès ou complaisance). La mise en scène est évidente et les acteurs superbes. Cluzet nous étonne, notamment dans certaines séquences où il exprime une peur incontrôlable dans le style plus vrai que nature; Gourmet est dans ses grands jours - extra. Quant à la jolie Louise, elle semble être une étonnante polyglotte; Jonathan Zaccaï assure et les Finlandais ont de ses tronches... que si tu les croises dans la rue, même en plein jour, tu caltes et quelque chose de fissa ! En sus, nous avons droit à une démarche quasi surréaliste et une dimension quelque peu métaphysique. En effet, pourquoi un tel châtiment quand on est... blanc comme neige. Un bon polar. Tout simplement.

 


DEMINEURS - (The Hurtlocker) - de Kathryn Bigelow. (7/20)
USA - Couleur, 2h04 - 2008.
Avec : Jeremy Renner, Anthony Mackie, Brian Geraghty, Ralph Fiennes, David Morse, Guy Pearce, Christian Camargo, Evangeline Lily.

Guerre : Le saviez-vous ? La guerre est une drogue. C’est la faute à l’adrénaline. Dans les situations extrêmes, donc, on se shoote à l’adrénaline. Elémentaire. Je veux bien que cette substance y soit pour quelque chose... mais dit comme ça, la réflexion manque de finesse, mieux elle tombe dans la caricature. L’idée devient un gimmick, un truc et nous fait directement songer à ce fameux psy américain qui à l’époque avait découvert le gène de la criminalité. Rien que ça ! C’est non seulement con mais très dangereux. Quant au film, il atteint le comble du ridicule lors de la dernière séquence quand l’accro du péril retourne au turf volontairement. Sinon, t’as l’action. Indéniablement, la toile est bien fichue dans le genre quasi documentaire, caméra sur l’épaule et image savamment cradifiée. Les scènes de déminage ou parfois d’explosion te prennent aux tripes et à la gorge et les acteurs sont parfaits. Jeremy Renner dans le rôle du fêlé est d’une ambiguïté saisissante; tu ne sais jamais quand il est sérieux ou quand il plaisante. Il navigue dans un univers pour le moins trouble et l’on sent immédiatement que le cerveau du gars a vrillé. Une fois de plus, ce n’était pas la peine de nous préciser pour quelle raison exacte. Mais, que voulez-vous... c’est souvent le défaut des Ricains de vouloir tout rendre si explicite qu’on finit par se faire son propre film en imaginant quelque chose de plus fin, de moins clair ou d’un tantinet plus original. Quand à la guerre, je veux bien qu’elle soit une drogue... mais, chez moi, on appelle ça une connerie. Terme nettement plus prosaïque mais infiniment plus juste. Une dernière chose, muchachito, il ne suffit pas de ne pas vouloir la guerre, encore faut-il vouloir la paix. A bon entendeur.

 


LE TEMPS DES GRÂCES - de Dominique Marchais. (18/20)
France - Couleur, 2h03 - 2009.
Avec la participation de : Matthieu Calame, Pierre Bergounioux, Lucien Bourgeois et Marc Dufumier.

Documentaire : Dominique Marchais a décidé de recueillir les propos des paysans, des chercheurs, des écrivains et de certains fonctionnaires afin de tout simplement nous rappeler à quel point la terre est fondamentale. Ici, tous les témoignages tendent à prôner une agriculture de qualité en se référant à celle du passé, en évoquant le présent et l’hypothétique avenir. En effet, le monde rural français - et planétaire - va mal. L’industrialisation massive nous fait bouffer de la merde tout en tuant les plus petits agriculteurs. Les pesticides et autres OGM sont des poisons dont il faut à l’évidence se garder absolument. Tout cela s’est transformé en pur bizness jusqu’à ce que ce putain de pognon ne nous tue carrément. Je me permets d’indiquer que ce film, pourtant si instructif, passionnant et édifiant, n’a été vu que par une poignée de spectateurs. Bordel, on ne va pas au cinéma que pour y voir Tarzan en train de niquer Cheeta ! Réveille-toi, citoyen ! C’est avec ta peau qu’on joue ! Donc, j’arrête mon exposé et invite tout le monde à aller zieuter une oeuvre cinématographique foncièrement utile.

Suite à la projection, nous avons eu droit à un débat avec Marc Dufumier (que l’on voit dans le film). Marc Dufumier, le bien nommé, est notamment partisan indéfectible au retour à l’utilisation du... fumier. Mais, blagues (faciles) à part, ce Monsieur nous rappelle que l’agriculture doit prendre un virage à 180° et, pour ce faire, l’on a besoin de l’assentiment de 85% des citoyens ! Cet homme, qualifié à l’époque de passéiste est aujourd’hui souvent considéré comme un révolutionnaire... alors que, tout simplement, outre ses connaissances scientifiques, il possède le bon sens du terrien... terriens que nous sommes tous et à l’origine et aujourd’hui et demain si le jour se lève. Je sais, il y aura ici et là un certain nombre de crétins qui vont considérer mes réflexions ainsi que la belle démarche des agriculteurs (ainsi que celle des écologistes plus largement) comme punitives. Or, ces gens-là ne veulent punir personne. Bien au contraire, c’est pour notre survie à tous et notre bien-être qu’ils luttent. Qu’ils en soient remerciés du fond du coeur.

Marc Dufumier est ingénieur agronome et enseignant-chercheur à AgroParisTech. Il a participé à de nombreux projets de développement agricole en France et à l’étranger - notamment dans des pays du tiers-monde.
Il est l’auteur des ouvrages suivants :
-Les politiques agraires - Collection “Que sais-je”, PUF 1986
-Les projets de développement agricole, manuel d’expertise - Karthala 1996
-Agricultures et paysanneries des tiers mondes - Karthala 2004
-Agricultures africaines et marché mondial - Fondation Gabriel Péri 2007.

 


LA TISSEUSE - (Fang zhi gu niang) - de Wang Quan An. (10/20)
Chine - Couleur, 1h32 - 2009.
Avec : Yu Nan, Cheng Zhengwu, Zhao Luhan, Xia Yongquan.

Drame : Lily travaille dans une usine comme tisseuse. Elle gagne 800 yuans par mois. Son mari est vendeur de poissons et ses revenus se montent à 1.000 yuans mensuels. Leur fils est tout petiot. On décèle chez Lily, suite à un malaise, une leucémie. Si elle veut se faire soigner avec une chance sur deux de guérison, elle doit débourser 500.000 yuans. Vive le communisme chinois. A part cela, le film est axé sur la mort évidemment. Mais dans cette histoire au rythme lent, tout semble mort ou en train de mourir. La ville... les rues... les baraques en démolition... La Chine entière et même au-delà. Cette lente extinction de la vie d’une jeune femme qui, dans un dernier sursaut, ressent le besoin de rendre visite à son ancien amoureux à Pékin, est d’une tristesse absolue. En toute simplicité. Le film est profondément désespéré. Jusqu’à la dernière séquence où l’on nous montre - comme dans beaucoup d’oeuvres filmiques - une ultime lueur d’espoir. A ceci près, que là, il s’agit d’un feu d’artifice... qui par définition est... artificiel. Un leurre. A voir en compagnie d’une bouteille de vodka.

 


 

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