NOVEMBRE 2010

Semaine 46 Du 17/11/2010 au 23/11/2010


L’HOMME QUI VOULAIT VIVRE SA VIE - de Eric Lartigau. (6/20)
France - Couleur, 1h55 - 2009.
Avec : Romain Duris, Marina Foïs, Niels Arestrup, Catherine Deneuve, Branka Katic.

Drame : C’est plutôt l’homme qui voulait sauver sa peau. Si on veut être précis. En effet, sans vouloir refaire le film, je m’attendais à autre chose. A un psychodrame un peu plus consistant, une réflexion sur la condition sociale et humaine, une réflexion sur la vie, pour parler simplement. Nous avons droit davantage à un “srillaire” (terme qui ne veut pratiquement rien dire en français - on ferait mieux de dire suspense), dont l’histoire amène le protagoniste, suite à un homicide involontaire, à tout fuir : sa vie confortable, sa femme et ses enfants. Cela tombe bien, sa femme le trompe et veut divorcer. Du coup, le gars va s’installer dans un pays des Balkans et revenir à sa passion, la photographie. Au passage, à propos du pays en question, l’on nous indique qu’il s’agirait de la Serbie... avec bord de mer à proximité ! En fait, nous sommes dans un petit patelin serbe, quant au bord de mer, il s’agit évidemment du Monténégro ! Mon cher Lartigau, t’es tombé sur un bec, là ! Voilà ce que ça donne quand on prend le public à la légère. En France, bon nombre de gens ont pris depuis longtemps l’habitude de se foutre de la gueule de Robert De Niro et de ses prétendument excessives préparations. Ainsi, lorsqu’il interpréta un second rôle de plombier dans Baril, il fut fin prêt suite à un stage. On lui a demandé pourquoi. Eh bien, tout simplement par respect des spectateurs et notamment de l’éventuel et peut-être unique plombier dans la salle. Pour en revenir au nombreux défauts du film, précisons que la première partie est trop longue et qu’elle se traîne; quant à la deuxième - théoriquement la plus intéressante, elle est précipitée. C’est ainsi que notre héros se retrouve bombardé meilleur photographe du monde en cinq minutes. J’exagère à peine. Romain Duris est aussi bon que... pas bon. Un tel rôle ne supportant pas la médiocrité, son application (qui l’honore) ne suffit pas à convaincre pleinement. Manque la fêlure profonde. Au niveau du ventre, du coeur, de la tête et de l’âme. Cependant, on peut difficilement lui jeter la pierre, au vu de la qualité du script et de la mise en images de ce filmounet plus qu’inégal. En revanche, Niels Arestrup n’a de cesse de se bonifier de film en film. Ici, il s’est complètement intégré dans le paysage humain serbo-montenegrin. Il est impressionnant mais ne peut, à lui tout seul, sauver cette toile de faible densité.

 


ILLEGAL - de Olivier Masset-Depasse.(20/20)
Belgique / France / Luxembourg - Couleur, 1h35 - 2008.
Avec : Anne Coesens, Esse Lawson, Alexandre Golntcharov, Christelle Cornil, Gabriela Perez, Olga Zhdanova, Tomasz Bialkowski, Frédéric Frenay, Olivier Schneider.

Drame : Ne connaissant que de nom Anne Coesens et pas du tout Olivier Masset-Depasse, je manquais de références par rapport ce film. Dès les premières images et l’ambiance musicale, on se dit que là, on tient quelque chose de valable. Et, c’est drôle, on se trompe rarement. L’émotion allant crescendo jusqu’au paroxysme et le film vous prenant immédiatement aux tripes sans jamais vous lâcher, on assiste en fait à une oeuvre d’une intensité extraordinaire à la réalisation aussi sobre que minutieuse avec une prestation d’Anne Coesens - au charme discret et sans fard aucun - qui vous coupe le souffle. Tout le reste du casting assure à merveille. L’histoire (une fois de plus, me disais-je) est celle d’une femme et de son fils, des immigrés russes et clandestins qui au bout de huit ans de séjour en Belgique vont avoir de sérieux ennuis. Il faut voir le centre de rétention pour immigrés ! Ce film, peut-être le plus stupéfiant de l’année, a un côté Midnight Express, à ceci près que nous avons affaire ici à des personnes totalement innocentes. Des êtres humains qui luttent pour leur survie aussi honnêtement que possible. La dégueulasserie de l’administration et de la flicaille est à vomir. On nous montre joliment bien à quel point l’homme aime son prochain. Et qu’on aille pas croire qu’il s’agisse d’un problème belgo-belge ! Nous ne sommes guère meilleurs dans le reste du monde. De par chez nous, par exemple... C’est un film majeur et qui ne se raconte pas. Il faut l’avoir vu. Le seul problème c’est qu’à l'heure actuelle, il va être dur de trouver une salle où il est projeté. Sorti le 13 octobre dernier, Illégal a réalisé en première semaine un peu plus de sept mille entrées dans quatorze salles Paris/périphérie. Il totalise à ce jour environ 9.300 entrées, toujours sur la capitale et ses environs. C’est tout.

 


ONCLE BOONMEE (CELUI QUI SE SOUVIENT DE SES VIES ANTERIEURES) - (Lung Boonmee Raluek Chat) - de Apichatpong Weerasethakul. (0/20)
Thaïlande - Couleur, 1h53 - 2009.
Avec : Thanapat Saisaymar, Jenjira Pongpas, Sakda Kaewbuadee, Natthakarn Aphaiwonk, Samud Kugasang, Geerasak Kulhong, Kanokporn Thongaram.

Fantastique : Avec Apichatpong, il ne faut pas être nerveux ni chercher à comprendre. Il faut se dire qu’on va se faire chier pendant deux plombes et que c’est bien fait pour notre poire... on n’avait qu’à pas y aller. Au début, tu vois un buffle dans la nature... puis un quart d’heure après, tu vois son maître qui vient le chercher... Et tu n’as que des plans fixes d’une durée indéterminée. Bref, en gros, c’est la non histoire d’un gars vieillissant et malade qui a déjà un panard dans la tombe. Et puis, un soir au moment du dîner, t’as le fantôme de son épouse ainsi que celui de son fils, entièrement recouvert de poils noir, qui viennent lui rendre visite... Après, c’est tout ce que tu veux et comme ça t’arrange. Il faut savoir que Weerasethakul, lorsqu’il tourne un film, est en liberté provisoire avec un boulet à chaque cheville. On ne le laisse quitter l’asile que sous haute surveillance; quatorze gorilles sont disséminés autour du lieu de tournage ainsi que deux infirmiers armés de sulfateuses chargées à bloc de tranquillisants. Parfois, quand il semble un peu trop excité, on lui colle une muselière à la gueule... Quant aux acteurs, ce sont des bagnards condamnés aux travaux forcés à perpétuité à qui l’on donne l’occasion de prendre quelques vacances durant le tournage. Il n’empêche que, dès que le clap de fin a claqué, ils retournent fissa au boulot, ayant curieusement retrouvé la joie de casser de la pierre et de creuser des trous. C’est qu’on ne rigole pas avec Apichatpong !

 



 

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