OCTOBRE 2010

Semaine 41 Du 13-10-2010 au 20-10-2010


PIEDS NUS SUR LES LIMACES - de Fabienne Berthaud (Avant-première / Sortie le 01.12.2010)
France - Couleurs, 1h48 - 2009.
Avec : Ludivine Sagnier, Diane Kruger, Denis Ménochet, Brigitte Catillon, Jacques Spiesser.

Comédie dramatique : Lily (L. Sagnier) et sa soeur aînée Clara (Diane Kruger) vivent à la campagne chez leur mère. Lily est une adolescente qui a passé l’âge de l’être, savoir qu’elle est gentiment fofolle et qu’elle aime beaucoup plonger dans la nature, s’y fondre d’une innocente et puérile manière; sa soeur est plus adulte et sérieuse. Mais, voilà que la maman meurt et que les deux filles sont évidemment bouleversées et déstabilisées. Surtout Lily... dont le cerveau et le comportement partent dans tous les sens. Clara sera amenée à la soutenir et tout faire pour qu’elle ne glisse pas trop sur les limaces. En fait, à sa façon, Lily part à la recherche d’elle-même. Quant à Clara, elle va finir par se poser pas mal de questions aussi et trouver peut-être une nouvelle forme de liberté... Bon. L’histoire n’est déjà pas terrible; mais, l’un des principaux problèmes de ce film, c’est un montage heurté et précipité - c’est sans doute voulu, mais ce n’est pas très amusant à suivre. Cela dit, apparemment, tout le monde n’est pas du même avis... On verra bien, quand il sortira en salles, comment ils sera accueilli par le public. Je ne suis pas le bon dieu et nous sommes tous uniques. Heureusement, sinon ce serait bien la peine qu’on soit plusieurs.

 


MEMORY LANE - de Mikhaël Hers. (Avant-première / Sortie le 24.11.2010)
France - Couleur, 1h38 - 2009.
Avec : Thibault Vinçon, Dounia Sichov, Lolita Chammah, Stéphane Déhel, Marie Rivière, Didier Sandre, Thomas Blanchard, Louis-Romain Choisy, David Sztanke.

Comédie dramatique : Dans la banlieue Sud Ouest de Paris, sept copains et copines se retrouvent au mois d’août durant plusieurs jours. Ils se retrouvent dans la ville où ils ont tous grandi. Ils s’aiment, se chamaillent, ont des problèmes, et surtout, ils se cherchent... Ils font même de la musique (au secours !) ou bien ils en écoutent. Ce qui nous vaut une séquence où ils dansent lors d’une soirée assez inoubliable ! La séquence est tournée au ralenti (et qui plus est en vidéo), un ralenti à faire pâlir d’envie Sam Peckinpah et Sergio Leone réunis. Sans parler des scènes de baise, longues, complaisantes et à la limite de la pornographie. Bref, nulle histoire ou intrigue à l’horizon, des personnages qui n’en sont pas - une mauvaise parodie de Claude Sautet. Total, tout le monde s’est fait chier dans la salle et il y a eu comme un froid pendant la remise des prix. Pour finir, j’essaie toujours d’accepter et de comprendre la sensibilité et les goûts d’autrui... cependant, il y a des limites ! Je dis cela aussi objectivement que possible. Ici se dégage une question fondamentale : en matière d’art (et le cinématographe en est quand même un), faut-il privilégier la subjectivité ou l’objectivité ? Les deux, Raoul ! La subjectivité étant l’auteur bien sûr et l’objectivité le public. Il faut s’arranger pour trouver le bon compromis, voilà tout. Simple à dire mais indispensable à faire. Sans quoi, l’auteur passe son temps à se regarder le nombril et ne respecte pas le public; ou bien il se défroque en se vendant cul et âme.
Nota Molto Bene : Le Festival Jean Carmet nous a tant donné, spécialement cette année qui est un très bon cru dans l’ensemble, qu’on lui pardonne aisément ce petit dérapage.

 

 

L’ARBRE ET LA FORÊT - de Olivier Ducastel et Jacques Martineau
France - Couleur, 1h37 - 2008.
Avec : Guy Marchand, Françoise Fabian, Catherine Mouchet, François Negret, Yannick Renier, Sandrine Dumas, Sabrina Seyvecu.

Drame : Un homme se promène dans le bois de sa propriété et dont les arbres ont été cultivés par lui-même depuis une soixantaine d’années. Il tire la tronche, visiblement, il n’est pas gai et va jusqu’à lâcher un sanglot. En fait, c’est le jour de l’enterrement de l’un de ses deux fils... enterrement auquel il n’a pas participé. A la maison, toute sa famille est présente et la plupart lui reproche son absence. Il ne s’en expliquera que bien plus tard... Entre-temps, nous allons assister à des scènes familiales ou à la solitude de cet homme, prénommé Frédérick. Adorateur de Wagner, il réveille régulièrement toute la maisonnée chaque matin. Puis, un beau jour, lors d’une réunion familiale, il va révéler à tout le monde son secret dont la cicatrice ne s’est jamais vraiment refermée. Durant la deuxième mondiale, il a vécu effectivement des moments désespérants... Je me suis d’abord précipité pour revoir Françoise Fabian, une des dernières grandes dames du cinéma français, dans un rôle important. Comédienne d’exception, d’une grande classe et d’une grande intelligence, elle est (malgré le temps qui passe) d’une beauté fascinante. Je la rencontrerais par nuit totalement noire, que je verrais ses yeux d’une luminosité qui dépasse l’entendement et qui du coup m’éclaireraient même mon chemin.(N’en jetez plus, mon cher Raoul !). Je n’oublierai jamais le couple Fabian-Ventura dans La bonne année de Claude Lelouch. Par ailleurs et comme par hasard, n’est-ce pas... tous les autres interprètes sont plus ou moins extraordinaires - bon scénario plus bons metteurs en scène, cela aide forcément les comédiens. Plus particulièrement, Catherine Mouchet (récompensée par le prix public), dans un rôle un peu inhabituel pour elle, d’une personne pleine d’humour fin et presque facétieuse; elle est parfaite. Il y a celui - pour qui j’ai voté - savoir François Negret (trop rare depuis quelque temps) qui joue le rôle de l’autre fils de Frédérick; un personnage qui me fait beaucoup penser à ceux que l’on retrouve souvent dans les pièces de Jean Anouilh, un aigri, raté et qui en veut au monde entier parce que... il se déteste lui-même. Rôle complexe, incroyablement bien incarné par Negret. Autre événement non négligeable : la prestation de Guy Marchand (que je n’ai jamais pu blairer en tant que comédien); il est impeccable et il a enfin trouvé un regard ! Comme disait Gabin, mon gars, au cinéma, c’est les mirettes ! Il vit de bout en bout son personnage et le porte aussi haut que possible. Pour le reste, il s’agit d’un film bien écrit, subtilement et discrètement mis en scène sur le mode mineur... et un beau titre en sus. L’individu et les autres... Bref, une chouette surprise.

 


L’AUTRE MONDE - de Gilles Marchand
France - Couleur, 1h44 - 2009.
Avec : Grégoire Leprince-Ringuet, Pauline Etienne, Louise Bourgoin, Melvil Poupaud.

Fantastique : Gaspard et Marion vont tout à fait par hasard trouver un téléphone portable dans une cabine de plage et recevoir le message d’une jeune femme surnommée Sam. A partir de là, Gaspard va réellement faire la connaissance de cette Sam qui, en vérité s’appelle Audrey. Après le suicide raté de cette dernière en compagnie d’un autre homme, il va être fasciné et obsédé par la nana - Louise Bourgoin pour tout dire, toujours aussi bien roulée. Audrey veut absolument se suicider à nouveau en mourant en compagnie d’un bonhomme. Gaspard risque d’être l’heureux élu. D’autant qu’il s’isole peu à peu, oubliant sa copine Marion et le monde réel dans l’ensemble. Audrey et lui vont communiquer via un jeu internet : Black Hole. Ce jeu permet aux participants d’être représentés par des avatars de leur propre personne et finit par rendre dingo Gaspard, après avoir lobotomisé la cervelle de la jolie poupée... Au fil du film, l’histoire est de plus en plus mal ficelée voire abracadabrante. Nous allons découvrir que c’est l’horrible frangin d’Audrey qui tire les ficelles en magouillant des entreprises foldingues. Primo, le mélange réel/virtuel n’est pas très convaincant; secundo, côté interprétation, il n’y a que Pauline Etienne (Marion) qui tire son épingle du jeu; Louise Bourgoin manque de classe et d’élégance pour fasciner également le spectateur et le rôle l’oblige à rester absente et ne rien exprimer; quant à Melvil Poupaud dans la peau d’un méchant, il est aussi grotesque qu’un morveux qui se la joue et à qui il suffirait d’une pichenette pour qu’il appelle sa maman; de même que Poupaud, Leprince-Ringuet dit son texte à la sulfateuse façon Truffaut/Téchiné. C’est une suite de taratatatananat, brrrroum, tarasiscota etc... de la manière la plus monocorde qui soit et pas très compréhensible ! Dans le jargon du métier, on appele cela se débarrasser de son texte. Cela fait partie, paraît-il du “code de jeu” actuel - et ce, depuis pas mal d’années déjà. Quel code de jeu ? En revanche, le film est techniquement bien réalisé. C’est tout de même nettement insuffisant.

 


LA DAME DE TREFLE - de Jérôme Bonnell
France - Couleur, 1h40 - 2009.
Avec : Malik Zidi, Florence Loiret Caille, Jean-Pierre Darroussin, Marc Barbé, Marc Citti.

Policier : Je n’attendais rien de ce film. Erreur. Il s’agit encore d’une belle surprise. Bonnell nous démontre avec ce film que lorsque l’on veut être original et insolite, on le peut. Le réalisateur voulait dès le départ changer de direction et s’attaquer au genre polar. Selon ses propres dires, il s’est vite rendu compte qu’il avait surtout envie de raconter des personnages. Et des personnages, il y en a dans ce film très réussi. Nous avons tout d’abord, Aurélien (Malik Zidi) et Argine (Florence Loiret Caille), frère et soeur qui vivent ensemble depuis toujours. En toute fraternité et sororité, n’y voyez rien de tordu; cependant, c’est déjà une situation inhabituelle. Vous ajoutez Loïc le déjanté cradingue (Marc Barbé) et le trafiquant en cavale méchant comme une teigne, Simon (Darroussin).... et vous avez un carré d’as ! Mais, il y a toutefois une intrigue. Simple comme bonjour. Le gars Simon, qui trafique du métal volé est dans la mouise suite à un “accident de travail”. Il a le feu aux fesses et il vient tanner Aurélien - son complice occasionnel - pour qu’il lui trouve une somme de pognon assez rondelette et le pousse à vendre d’urgence une réserve de ferraille dûment planquée. D’un autre côté, t’as la frangine Argine, nana complètement jetée de la tête, qui picole dans les rades et change d’amant comme on change de chaussettes (quand on est propre). La situation est immédiatement tendue entre Simon et Aurélien et va continuer à se tendre crescendo. Jusqu’où ? (Le film étant sorti en janvier de cette année, il ne reste plus que la solution DVD pour le savoir). Je me dois d’insister sur la qualité d’interprétation dans ce film. Florence Loiret Caille, encore peu connue, ne joue même plus la comédie dans son rôle de fêlée, alcoolo, à la vie pour le moins dissolue - ou plutôt bordélique. Elle est au top, elle nous remue cervelle et tripes, elle est géniale ! Darroussin est si fébrile, méchant et violent... qu’il fait carrément peur. Quant à Marc Barbé, il est délicieusement ignoble. N’oublions pas Malik Zidi, largement plus que correct. Je salue la démarche et le travail de Bonnell.

 


D’AMOUR ET D’EAU FRAÎCHE - de Isabelle Czajka.
France - Couleur, 1h30 - 2009.
Avec : Anaïs Demoustier, Pio Marmaï, Laurent Poitrenaux, Christine Brücher.

Comédie dramatique : C’est l’histoire de Julie Bataille, vingt-trois ans et un bac carabiné. Elle cherche du boulot comme beaucoup de jeune gens (et moins jeunes) de nos jours. Sauf qu’ici, pendant la quasi totalité du film, elle passe son temps à chercher un job. De petit truc à mini machin, elle tombe finalement sur Ben, un jeune gars qui mène une vie pas toujours très orthodoxe. Julie va tout balancer pour le suivre dans son aventure non exempte de risques... Comment tout cela finira-t-il ? On s’en fiche. Il s’agit là d’un non-film, vide et creux - où l’on ne verse pas le rien dans le vide, comme dirait le poète ! Notons au passage que, comme tout film artistiquement et intellectuellement pauvre, celui-ci n’échappe pas à la règle : nous avons droit (comme rebondissements) à une bite et à un pétard. Misérable.

 


NANNERL, LA SOEUR DE MOZART - de René Féret.
France - Couleur, 2h00 - 2009.
Avec : Marie Féret, Marc Barbé, Delphine Chuillot, Lisa Féret, Clovis Fouin.

Drame : Le saviez-vous ? Le prodigieux Mozart avait une soeur. Musicienne elle aussi et non des moindres. Seulement, à l’époque il n’était point de bon ton qu’une femme jouât du violon. Malheureusement, ce fut l’instrument préféré de Nannerl. On va donc la caser face à un clavecin afin d’y accompagner le petit Wolfgang qui lui a le droit de jouer (remarquablement bien, d’ailleurs) du violon. A la cour de Versailles, le fils de Louis XV l’incite à composer... mais ça non plus, ce n’est pas un travail féminin. Elle finira dans l’ombre et fera tout par la suite pour récupérer et rassembler l’oeuvre de son jeune frère. Bon. Féret a dû disposer d’une poignée d’euros pour réaliser ce film “d’époque” avec costumes, décors et tout le tralala. C’est incontestable. Mais, moi, spectateur implacable et cruel, je suis essentiellement concerné par le résultat. Qui dit manque de moyens, dit manque d’espace. Ici, les plans sont si étriqués que l’on étouffe et, mis à part Marc Barbé à la prestance toujours remarquable, les autres comédiens (?) récitent piteusement leur texte. Désolé, mais j’ai eu l’impression d’avoir assisté à une représentation théâtrale de patronage.

 


PAULINE ET FRANCOIS - de Renaud Fély.
France - Couleur, 1h35 - 2009.
Avec : Laura Smet, Yannick Renier, Léa Drucker, Gilles Cohen, André Wilms, Anémone.

Comédie dramatique : Dans la série “j’ai rien à dire et je le dis mal”, voici un autre non-film qui ne mérite pas que l’on s’y attarde. Pauline, jeune veuve, va s’installer à la campagne, trouve un poste à la banque de la petite ville la plus proche et tombe amoureuse de son voisin. On reproche souvent au cinéma américain d’être trop formaté. Seulement, il ne faut pas oublier qu’en France, depuis longtemps déjà, nous sommes tombés dans le formatage de l’anti-formatage. Je suis dur mais pas forcément injuste.

 


LA REGATE - de Bernard Bellefroid.
Belgique / France - Couleur, 1h31 - 2009.
Avec : Joffrey Verbruggen, Thierry Hancisse, Sergi Lopez, David Murgia.

Drame : Là, d’accord. Je le dis tout de suite. C’est du bon. Alexandre est un adolescent d’une quinzaine d’années qui se réfugie dans son sport favori, l’aviron. Il est aussi passionné qu’entêté. Entêté - on voit bien que son entraînement à quelque chose de frénétique - parce qu’il souffre terriblement de violences domestiques grâce aux bons soins de son papa. Ce père, qui est son seul parent, qui l’aime et dans le même temps le jalouse. En effet, Alexandre est en train de réussir là où son père avait échoué dans sa jeunesse. Il ira loin ce gros connard pour empêcher le fiston de participer à un championnat. Très loin. Trop loin. Heureusement que Alexandre, pour l’aider à mieux vivre, bénéficie de la grande sympathie de son entraîneur Sergi et de l’amour d’une jeune fille, Murielle. Néanmoins, la fin est poignante mais pas nécessairement tragique. Quant à Thierry Hancisse qui joue le père, il est ébouriffant. On le hait et... en même temps, il nous fait presque pleurer tant il est pathétique.

 


ILUSIONES OPTICAS - de Cristian Jiménez
Chili - Couleur, 1h42 - 2009.
Avec : Ivan Alvarez de Araya, Gregory Cohen, Eduardo Pexeco, Paola Lattus.

Comédie : L’auteur nous dit à propos de son film : “...Peut-être n’est-ce qu’un ramassis de blagues, mais en regardant le monde autour de moi, je crois que certains ont pris ces blagues très au sérieux!” Illusions optiques est d’abord un film ludique mais qui ne manque pas de finesse... mais plutôt de saveur. Un film où l’on croise plein de personnages : un skieur aveugle qui recouvre la vue et qui est assez déçu par ce qu’il voit; un vigile dans un centre commercial qui, bizarrement, devient l’amant d’une bourgeoise cleptomane; une grosse boîte offre comme prime à ses employés les plus productifs une intervention chirurgicale esthétique; un cadre d’âge mûr se fait virer de son entreprise via un stage “d’outplacement” afin de faire passer la pilule d’une façon moins amère etc. Ici, l’insolite se fait discret et se manifeste parfois d’une manière d’autant plus surprenante. La réflexion sur les différentes illusions au sein d’une société dite moderne est loin d’être lourde. A ceci près, que l’auteur s’éternise un peu trop sur l’intrigue “amoureuse” entre le vigile et la bourgette, par exemple. Un film qui ne cherche pas à être inoubliable; ça tombe bien, il ne l’est pas. Cependant, on passe un moment pas trop désagréable. Voilà.

 


POETRY - de Lee Changdong
Corée du Sud - Couleur, 2h19 - 2009.
Avec : Yun Junghee, Lee David, Kim Hira, Ahn Naesang.

Drame : Voilà le film qui a suscité un fort engouement du public durant tout le festival. Une vieille dame, Mija, vit seule avec son petit-fils, la mère de ce dernier et fille de Mija étant une génitrice ingrate et n’envoyant même pas un rond à sa maman pour l’aider à subvenir aux besoins les plus élémentaires. Qu’à cela ne tienne, Mija se débrouille comme elle peut, et, comme elle est d’une nature fort joyeuse et optimiste, elle se débrouille aussi pour être heureuse. Un jour, tout à fait incidemment, elle décide de prendre des cours de poésie. Et le maître de dire : “J’ai dans ma main une pomme; combien de milliers de fois avez-vous vu une pomme? Pourtant, vous ne l’avez jamais vue. Regardez-la et observez-la sous tous les angles et sous toutes sortes d’éclairages. Les plus inhabituels de préférence. Alors, votre coeur qui est plein de poésie va déborder et vous permettre de vous exprimer par écrit. A la fin du stage, je vous demanderai à chacun de me présenter un poème.” Or, il oublie de préciser que pour écrire un poème... eh bien, il faut savoir écrire et donc lire, écouter de la musique - la poésie étant par excellence la musique des mots; il est bon aussi d’aller au musée, au théâtre etc. Et, bien sûr, de porter un regard différent sur tout ce qui nous entoure. J’insiste lourdement sur ce détail qui n’en est pas un... parce que, précisément, le film manque de poésie. Il est même numérisé, ce qui nous vaut quelques plans qui “pètent”, des “fromages” comme disent les techniciens. Ah, mon cher cinoche, où vas-tu ? Il n’y a qu’à la fin, les cinq ou dix dernières minutes, que le film décolle, lorsque Mija disparaît, se volatilise on ne sait ni où ni comment - après une affaire tragique concernant son petit-fils - et qu’elle laisse derrière elle un beau poème inspiré de son vécu récent. C’est un peu dommage. Même si je ne considère pas du tout ce film comme un navet. Loin de là.

 


R U THERE ? - de David Verbeek. (Avant-première / Date de sortie ?)
Hollande - Couleur, 1h27 - 2009.
Avec : Stijn Koomen, Ke Huan-ru.

Comédie dramatique : Jitze est un jeune homme, gamer professionnel qui participe dans le monde entier à des tournois de jeux vidéo. L’action se situe à Taipei où Jitze commence à avoir le bras droit qui coince et l’épaule avec. Il va rencontrer une jeune femme, Mei Mei, qui acceptera de le masser moyennant quelques billets de banque. Il va la revoir, s’attache, la suit lorsqu’elle va rendre visite à des parents à la campagne et il la rémunère chaque fois. Ils vont, eux aussi (comme dans L’autre monde) communiquer via la vidéo avec avatars de leurs personnes. Mais ici, tout est feutré, doux, calme et serein. Un film apaisant pour le spectateur. Le parallèle établi entre la réalité et la virtualité est clair, net et évident. Nulle démonstration dialoguée sinon la réflexion d’un acupuncteur qui lui dit qu’il vit trop dans sa tête et qu’il oublie qu’il a aussi un corps. Jitze, grâce à Mei Mei, dont il tombera amoureux d’un amour impossible car la jeune femme n’a pas les mêmes sentiments à son égard, va atterrir dans la réalité durant quelque temps. Mais... lorsqu’il commet un acte insensé, on se demande du coup si l’on se trouve dans le réel ou dans le virtuel. Outre le rythme plein de grâce et une fort belle image, le film vaut pour beaucoup grâce à l’interprétation extraordinaire de Stijn Koomen. En effet, il assure et assume pleinement, un rôle casse-gueule qui nécessite pour le comédien une grande sobriété, savoir montrer le minimum tout en exprimant le maximum. Au début, lors d’une séquence saisissante où l’on voit un accident de moto grave, le conducteur de l’engin, après un vol plané, meurt sous les yeux de Stijn. C’est à ce moment, qu’on se rend compte que le gars est complètement ailleurs (d’où le titre). Il observe la scène plutôt tragique d’un oeil vide et c’est à peine s’il a un petit frémissement. Autrement dit, il a regardé l’accident comme une image vidéo. C’est là qu’on voit que l’acteur Koomen frise la perfection. Je suis allé voir ce film sans aucun point de repère, ne connaissant ni l’auteur ni les acteurs, et, je m’attendais même au pire au vu du synopsis. Comme quoi, quand on prend des risques, on est parfois récompensé. Ce film va sortir sans aucun doute, mais la date n’est toujours pas arrêtée. Il serait bon néanmoins de le noter dans son petit calepin.

 


SOUND OF NOISE - de Ola Simonsson et Johannes Stjarne Nilsson. (Avant-première / Date de sortie : le 29.12.2010.)
Suède - Couleur, 1h38 - 2008.
Avec : Bengt Nilsson, Sanna Presson, Magnus Börjeson, Anders Vestergard.

Comédie policière et musicale : Les organisateurs du festival nous avait prévenus, lors d’une conférence de presse. Tout sourire, on nous a promis une belle surprise et une vraie trouvaille. Je n’ai pas été déçu. J’étais même plié en douze ! Le protagoniste est issu d’une famille de brillants musiciens et tout naturellement on l’ a prénommé Amadeus. Or, il hait la musique depuis toujours ! Adulte, il devient officier de police et se trouve avec une drôle d’enquête sur les bras. Une bande de musiciens - surtout des batteurs - complètement frappadingues exécutent une oeuvre musicale apocalyptique en utilisant certains lieux-clés de la ville comme instruments... La première partition est jouée dans un hôpital - et c’est la plus hilarante - où ils s’introduisent travestis en chirurgiens, “subtilisent” un malade bien antipathique comme il faut et l’emmènent dans une salle d’opération. Pour exprimer leur musique, ils utilisent tous les instruments chirurgicaux tout en jouant de la batterie sur le gros ventre du malheureux malade - qui par ailleurs est un salaud. Du reste, j’ai tort de raconter cette scène - c’est quelque chose qu’il faut voir. Marrant, déjanté et pas bête du tout, ce film est déconseillé aux “pisse-froid”. C’est une farce... qui est un peu plus qu’une farce. Inévitablement, une réflexion sur la musique et ses différentes formes ainsi que sur le silence s’impose. Notamment, la comparaison entre les adulateurs rigides de la musique classique et les fous furieux qui tapent sur n’importe quoi pour produire des sons peu harmonieux. J’aime beaucoup la phrase de Zbigniew Preisner, compositeur quasi attitré de Kieslowski à l’époque, qui dit : “Si je fais de la musique, c’est pour mettre en valeur le silence.” Comment notre flic, allergique à la musique, va-t-il résoudre l’affaire des batteurs fous tout en parvenant à trouver le moyen d’entendre son silence tant aimé... ? Pour le savoir, rendez-vous dans les salles le 29 décembre 2010.

 

 

ICH BIN EINE TERRORISTIN - de Valérie Gaudissart. (Inédit / Date de sortie ?)
France - Couleur, 1h37 - 2009.
Avec : Mathilde Besse, Benoît Giros, Sylvia Etcheto.

Comédie dramatique : Pour une fois, je vais être méchant (ha! ha! ha!). Je commence par la cerise sur le gâteau. Les organisateurs n’ayant pas pu trouver de copie en 35 mm ont été contraints et forcés de nous projeter cette petite chose en DVD. J’te parle pas de l’image. En bref, c’est l’histoire d’une gamine qui adore Rosa Luxembourg et ne jure que par elle. Au point d’entreprendre un voyage vers la ville où repose sa dépouille. Et , ce n’est pas la porte à côté. Durant son pèlerinage, elle va réciter dans la rue et ailleurs des textes de Rosa. Elle va faire des rencontres inattendues et insolites et aussi quelque peu aberrantes. Des immigrés, des machins, des trucs... en fait, rapidement, on ne sait plus ce qu’on regarde ni où l’on se trouve. Je disais, il y a peu, qu’il y avait des limites. Ici, toutes les bornes sont largement dépassées. C’est quoi cette “toilette” que l’on ne peut qualifier de film ? C’est quoi cette histoire ? Une envolée lyrico-poético- politique pour spectateurs au cerveau lyophilisé ? Bref, la chose est inédite et ne sortira peut-être jamais en salle. Ce ne serait pas une grosse perte.

 


LA PRINCESSE DE MONTPENSIER - de Bertrand Tavernier. (Avant-première / Date de sortie : le 3 novembre 2010).
France - Couleur, 2h19 - 2009.
Avec : Mélanie Thierry, Lambert Wilson, Gaspard Ulliel, Grégoire Leprince-Ringuet, Rapahaël Personnaz, Michel Vuillermoz, Philippe Magnan, Florence Thomassin.

Drame : Nous sommes dans la France de 1562. Les croyants de tous bords se cognent dessus allègrement. C’est la guerre de religion (pléonasme ?). Et j’adore la première réplique du film. Pendant une castagne, le comte de Chabannes (Lambert Wilson qui se bonifie avec l’âge) se trouve face à une porte derrière laquelle sont planqués quelques ennemis. Il y a une sorte de petite ouverture vers laquelle il pointe son pistolet d’époque en criant à ses compagnons : “Au nom de Jésus, tirez !” Jésus Christ, symbole et archétype de l’amour, n’est-ce pas... Bref, l’essentiel de l’histoire se situe du côté d’une riche héritière du royaume, une certaine Marie de Mézières. Elle est amoureuse depuis fort longtemps du duc de Guise, mais, son père et le duc de Montpensier voient les choses autrement. Ils arrangent (séquence très savoureuse, interprétée par Philippe Magnan et Michel Vuillermoz) un mariage qui devrait satisfaire les deux papas. C’est ainsi, que par contrainte, notre brave Marie devient la princesse de Montpensier après avoir épousé Montpensier junior. Inutile de dire que Henri de Guise est quelque peu contrarié. Par ailleurs, elle aime d’un amour platonique le comte de Chabannes, le duc d’Anjou la renifle et la drague avec une certaine insolence et, au final, la jeune femme finira dégoûtée de l’amour. Car, excepté de Chabannes, aucun des trois gars ne l’aime. Tous des voyous ! Le film est somptueusement réalisé mais, à titre personnel, je dirai qu’il s’agit d’un Tavernier mineur. Il a désormais une longue carrière de cinéaste derrière lui et il a, par le passé, réalisé quelques merveilles. Côté acteurs, le pire y côtoie le meilleur. Le meilleur, c’est Wilson, Mélanie Thierry et les deux coquins odieusement sympathiques, j’ai nommé Magnan et Vuillermoz. Des comédiens qui n’ont pas peur d’un texte. Pas comme l’autre Leprince-à-deux-balles qui continue à bredouiller son texte et quelques autres dans le genre Personnaz. Bon, je n’insiste pas... mais, parfois on se pose des questions...

 

 

CLEVELAND CONTRE WALL STREET - de Jean-Stéphane Bron
Suisse / France - Couleur, 1h38 - 2009.

Documentaire : J’ai gardé involontairement le meilleur pour la fin. Voilà un documentaire fort original. Car, en fait, c’est un documentaire qui retrace, si j’ose dire, un procès qui aurait dû avoir lieu (Wall Street ayant tout fait pour le bloquer) avec les vrais protagonistes : témoins, avocats ou juges. Les personnages ne jouent pas la comédie, ils disent exactement ce qu’ils auraient exprimé lors d’un vrai procès... et ils sont remarquables, bouleversants, excentriques ou haïssables. Riche idée de Jean-Stéphane Bron d’évoquer le scandale qui a eu lieu à l’est de Cleveland, lieu réservé aux gens modestes, pauvres voire misérables. C’est la fameuse affaire des subprimes, savoir des prêts magouilleux et quasiment forcés dès le départ. Un exemple. Un homme modeste, ex-propriètaire de sa maison, explique comment le coût de sa baraque a quasiment triplé grâce aux affreux de Wall Street. Lorsqu’il achète la maison, elle lui revient à 26.000 dollars. Le taux d’intérêt du prêt est de 4%. Un beau jour, le modeste proprio envisage de réparer fenêtres et portes, enfin de restaurer son logement. Il n’en a pas les moyens. Mais, ne voilà-t-il pas qu’on toque à sa porte. Il ouvre et se trouve nez à nez avec un courtier... venu spontanément. Le proprio n’a rien demandé à personne. Le courtier lui explique que sa maison aurait besoin de quelques arrangements et réparations et lui propose un prêt - taux d’intérêt 8% cette fois. Le gars accepte et sa maison lui coûte désormais 40.000 dollars. Il est coincé côté porte-monnaie, alors d’hypothèque en hypothèque, le coût monte à 71.000 dollars. Pendant ce temps-là, banques ou assurances se “revendent” entre elles le prêt. Seulement voilà, un jour le petit proprio n’a plus du tout les moyens de régler sa dette. Alors, on le vire de chez lui comme un malpropre. Des cas comme celui-ci, il y en a eu des milliers. Et, il est évident que ce genre de sales magouilles est très ciblé. On attaque les pauvres ! De toute façon, les riches n’ont pas besoin de ce type de prêt... et puis, les loups ne se mangent pas entre eux. Film coup de poing dans la gueule, horrible et terrifiant, mais qui m’a passionné. On a intérêt à se dépêcher d’aller voir cet événement avant qu’il ne disparaisse des écrans.

 


 

Voilà, voilà. Je vais essayer d’écrire encore quelques mots en évitant de trop me répéter. Je suis un habitué, depuis 2006, du Festival Jean Carmet. Chaque année, je donne mes impressions. Les organisateurs et les formidables bénévoles sont, bien évidemment, toujours aussi accueillants et sympathiques. La convivialité plane autour des lieux de projection. On court d’une salle à l’autre, on se croise, on bavarde, on échange nos opinions, on boit un verre ensemble etc.
Comme je l’ai dit plus haut, l’année 2010 a été un très bon cru. Pas moins de six films particulièrement valables. Beaucoup plus d’avant-premières que les années précédentes; et, quelques films “prestigieux” comme le dernier Tavernier. Alors, bon, il y a des films qu’on aime, ceux qu’on aime moins, parfois même des films que l’on déteste. Mais, l’essentiel, au fond, n’est-ce pas la diversité. Cette riche diversité que ce festival que j’affectionne tout particulièrement nous propose chaque année en octobre. Quant à moi, je suis bien obligé, par respect pour moi-même et pour les éventuels visiteurs du site, de dire honnêtement ce que je pense. Même si je mets ma gueulante en sourdine rapport à ce festival - il s’agit d’une manifestation et d’un univers totalement à part. Et puis, saperlipopette, il ne s’agit que de mon avis, après tout.

 

Alors, comme le disent les braves gens, à l’année prochaine si Dieu me prête vie !




 

Haut de Page


Droits de reproduction et de diffusion réservés © 2004 Strahinja Kosmajac