JANVIER 2011

Semaine 1 à 3 Du 05/01/2011 au 25/01/2011



ANOTHER YEAR - de Mike Leigh. (18/20)
Grande-Bretagne - Couleur, 2h09 - 2009.
Avec : Jim Broadbent, Ruth Sheen, Lesley Manville, Oliver Maltman, David Bradley, Peter Wight, Martin Savage, Karina Fernandez, Michele Austin et Imelda Staunton.

Drame : Tom et Gerri, un couple de quinquagénaires, vivent très unis et plutôt heureux, quelque part à la campagne, en cultivant notamment leur petit lopin de terre. Leur fils Jo, l’amie proche de la famille Mary, un pote Ken, gravitent autour de Tom et Gerri. Ils ont tous leurs petits heurs et malheurs... Joe, un jeune homme de trente ans, reste très discret sur sa vie sentimentale; l’amie Mary est une femme vieillissante et complètement désemparée, pour ne pas dire foldingue, elle est en mal d’amour, drague maladroitement le fiston Joe tout en picolant massivement; l’ami Ken est un gros mangeur et un grand buveur aussi... Nous découvrirons plus tard, en hiver (le film fonctionne sur les quatre saisons de l’année en commençant par le printemps), le frangin de Tom, Ronnie et son odieux fils Carl... etc. L’histoire démarre tout doucement, presque mollement... Je devrais dire plutôt les histoires... Puis, s’installe un crescendo moderato... jusqu’à la prodigieuse fin sombre, quasi tragique... où le désespoir commence à pointer le bout de son nez - surtout pour la malheureuse Mary... interprétée par la géniale Lesley Manville, dont tout le monde à Cannes 2010 pensait le plus grand bien, considérant à juste raison qu’elle obtiendrait le prix d’interprétation. Mais, un certain débile profond, j’ai nommé Tim Burton et sans doute le reste du jury étaient là pour soigneusement démolir une sélection cannoise de haut niveau ! Du reste, ce film, apparemment ordinaire voire banal, hormis le scénario et la mise en scène d’un certain prodigieux bonhomme, Mike Leigh de son état, est peuplé de personnages simples, pittoresques et sublimes. Sublimes sont également les comédiens - du premier au dernier ! Sacrés British ! D’où les sortent-ils tous ces acteurs que nous ne connaissons que fort peu... ou même pas du tout ? C’est que, le talent étant répandu un peu partout dans le monde, ces gens-là ont en plus des écoles de formation artistique sérieuses ! La vie est souvent simple, le saviez-vous ? Que voulez-vous, ces malheureux Anglais considèrent toujours le boulot de comédien comme un métier ! Ce qui n’est pas le cas partout - suivez mon regard... Revenons à nos personnages et interprètes. Jim Broadbent et Ruth Sheen (Tom et Gerri) forment un duo délicieux, plein de douceur et d’humour; Lesley Manville ne joue pas la comédie; Oliver Maltman (Joe) est sobre, contrairement à Peter Wight (Ken), incroyable de crédibilité dans sa façon de se vautrer dans la bouffe, la bière ou le pinard; quant à David Bradley (Ronnie le frère de Tom), il fait peur par sa présence draculéenne mais va progressivement, piano piano, s’ouvrir et même sourire; son fils Carl (Martin Savage) est une brute nerveuse incroyable de réalisme dans un rôle pas évident; n’oublions pas la fiancée “secrète” de Joe, Katie, jouée par Karina Fernandez... Je suis essoufflé après toute cette énumération... Ecoutez, le mieux, c’est d’aller voir cette merveille, tendre, triste, marrante, parfois bouleversante... comme la vie. Mr Mike Leigh, vous êtes un immense cinéaste !

 


LE NOM DES GENS - de Michel Leclerc. (7/20)
France - Couleur, 1h44 - 2009.
Avec : Jacques Gamblin, Sara Forestier, Zinedine Soualem, Jacques Boudet, Michèle Moretti, Lionel Jospin.

Comédie : Ici, nous sommes en pleine vidéographie ! Le cinématographe a été assassiné et enterré, non sans avoir été au préalable torturé, par Leclerc et ses financiers et inversement ! C’est fini ! Spectateur, tu n’es définitivement que le cochon de payant ! Je suis sorti de la salle, noir, rouge et vert de colère en hurlant presque. Outre l’irrespect du septième art, cette putain de chose est un pur gâchis car le scénario est bourré de qualités. Quel dommage ! Il y a dans ces intrigues, humour, intelligence, personnages... et tout particulièrement une réflexion sur la nationalité, la xénophobie et l’humanité d’une finesse rare. On ne tombe jamais dans la mièvrerie, la “clichetonnerie” ou encore dans le mélo à deux balles. Qui plus est, la plupart des acteurs sont plus que valables. Je pense, bien sûr, à Gamblin et Forestier (irrésistible de drôlerie), à Michèle Moretti, très émouvante dans le rôle d’une vieille dame blessée à mort depuis les horreurs de la deuxième mondiale. Mais, j’ai un faible pour le magnifique, vraiment magnifique et bouleversant, Zinedine Soualem. Voilà un acteur qui est toujours bien. Même dans un rôle moyen d’un film médiocre. Il interprète un immigré algérien, brave, simple, se refusant tout plaisir... sauf celui de faire plaisir. Jacques Boudet serait bien aussi... à ceci près qu’on lui fait jouer le rôle d’un jeune homme... de soixante-dix ans ! Dans les années 40, il a 70 piges, dans les années 60 itou... Il ne vieillit pas, quoi. Pire que le portrait de Dorian Gray ! Bref, un ratage absolu pour cause d’irrespect.

 


TRIBULATIONS D’UNE AMOUREUSE SOUS STALINE - (Rewers / A Communist Love Story) - de Borys Lankosz.(12/20)
Pologne - Noir et blanc, couleur - 1h39 - 2009.
Avec : Agata Buzek, Krystyna Janda, Anna Polony, Marcin Dorocinski, Bronislaw Wroclawski, Adam Woronowicz.

Tragi-comédie : Commençons par le commencement. Le titre français. La malédiction des titres français. Utilisation du mot “tribulations’ - référence directe au titre d’un roman fort connu de Jules Vernes; passons sur le possible et très facile jeu de mots “amoureuse sous...”; et, pour finir, Staline. Du coup, tu crois que le truc se passe en URSS, alors que l’intrigue se déroule en Pologne, et, surtout, racolage à coup de nom propre fort connu... mais qui ne fait plus trembler grand monde. Cela dit, ce petit film, est une assez jolie surprise. Nous sommes dans les années cinquante, à Varsovie. Sabina, jeune femme de tout de même trente ans, plutôt timide et introvertie, n’a toujours pas trouvé amoureux à son pied. Elle partage un modeste appartement avec sa mère et sa grand-mère, lesquelles s’inquiètent de plus en plus fortissimo pour Sabina. La grand-mère fera tout pour lui trouver un beau jeune homme... et, tant pis s’il ne l’est pas. Ce qui nous vaut une scène hilarante; les deux femmes ont invité à dîner un comptable, gueule de con et tout le bazar, qui va se bourrer la tronche tout en étalant sa science en calcul mental et la rencontre finira en catastrophe. Cependant, un soir, Sabina se fait agresser dans la rue par deux lamentables individus qui tentent de lui étouffer son sac à main. C’est là, qu’apparaît Zorro, de son vrai nom Bronislaw ! Il fait détaler d’un coup de poing les deux merdeux, raccompagne Sabina et... comme il y a affinités, je vous laisse deviner la suite... Mais, au fait, qui est-il, ce bel homme aux muscles d’acier... ? La réponse sera dure et éprouvante. Voilà donc un film à la démarche plutôt insolite et sans favoriser la nostalgie d’une époque révolue, nous fait bien marrer, tout simplement... toutefois, le noir et blanc lui sied à merveille. Parfois, c’est même le noir qui prédomine. L’interprétation est impeccable et l’on retrouve ici, l’actrice fétiche de Wajda, Krystyna Janda, qui a gagné en vieillissant. Si cette toile passe encore quelque part, on le droit de se laisser tenter.

 

 

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