JUIN/OCTOBRE 2014

Semaine 22/41Du 28/05/2014 au 14/10/2014


BON RETABLISSEMENT ! - de Jean Becker - (0/20)
France - Couleur, 1h21 - 2013.
Avec : Gérard Lanvin, Jean-Pierre Darroussin, Fred Testot, Swann Arlaud, Claudia Tagbo, Mona Jabeur, Anne-Sophie Lapix, Philippe Rebbot, Daniel Guichard, Isabelle Candelier, Louis-Do de Lencquesaing, Maurane.

Comédie : C’est la nuit. Depuis le pont de la Couille-Morte, un homme tombe dans la Seine. Nous sommes donc à Paris. Heureusement, une tapette tapineuse est là pour le sauver de la noyade. Nous voilà dans l’hôpital... et, c’est le début d’une histoire fracassante où il ne se passe rien. Absolument rien. Il se sont mis à plusieurs pour écrire le scénario. Peine perdue. Le réalisateur est un vétéran d’un âge certain et qui nous régala plus d’une fois avec de belles toiles (L’été meurtrier, Dialogue avec mon jardinier etc). Son nom : Jean Becker fils de l’illustre Jacques dit “Casque d’or”. L’ennui, c’est la vedette de ce cauchemar : Gérard Lanvin. Il a cent ans de métier et n’a toujours pas appris à changer d’expression - pardon, d’inexpression. A ses côtés, il y a le brave Darroussin qui fait ce qu’il peut dans trois malheureuses scènes. Swann Arlaud, dans le rôle de l’homo qui n’est pourtant pas un “salo”, aurait pu être convaincant... dans un autre film et en d’autres circonstances. Passons sur le cas du handicapé moteur Testot et venons-en à la seule présence charmante et crédible : Anne-Sophie Lapix. Merde, j’oublie Daniel Guichard ! Laissons ce poivrot de côté, il ne mérite pas notre salive. Il paraît qu’il s’agirait d’une comédie grinçante sur les milieux hospitaliers... En fait, c’est l’histoire d’un vieil homme, cinéaste de son état, qui a tissé sa toile d’araignée.

 


BOYHOOD - de Richard Linklater - (14/20)
USA - Couleur - 2h45 - 2002/ 2014.
Avec : Ellar Coltrane, Patricia Arquette, Ethan Hawke, Lorelei Linklater, Charlie Sexton, Steven Prince, Libby Villari, Marco Perella, Zoe Graham, Nick Krause.

Comédie dramatique : Une première dans l’histoire du cinéma ? C’est possible. En effet, Linklater s’est employé durant douze ans à suivre ses personnages - donc les acteurs.
L’on y voit le protagoniste Mason évoluer de l’âge de six à dix-huit ans. En toute simplicité. Le film est conjugué au plus-que-parfait, à l’imparfait, au passé composé - rarement au passé simple. Quant au présent, c’est la fin; ou bien il n’existe pas. Comme dans le chef-d’oeuvre absolu de Maître Sergio Leone, Il était une fois en Amérique. La mère de Mason n’a pas de chance avec les hommes. Outre sa sœur Samantha, Mason Jr. a un papa Mason Sr. Seulement, le papa est toujours en vadrouille. La maman change donc plusieurs fois de compagnon. L’un est un fou furieux, fier de son “érudition”, l’autre un crétin, fier de sa bidasserie. L’histoire avance à pas lents, légèrement lourds, mais harmonieusement glissants. Sans prétention, sans emphase aucune, sans ennui pour le spectateur témoin... Le film a l’étonnant mérite de nous happer gentiment et de ne plus nous lâcher. Il s’agit d’une tranche de vie (une grosse tranche) subtilement reconstituée, la fausse indifférence de Linklater en sus. Et cela prend. Oublions la durée de la toile, il n’en fallait pas moins. Ni plus. Difficile d’en dire davantage. Sauf que la fin de ces - finalement - médiocres aventures n’est point chargée d’espoir de jours meilleurs voire beaux. C’est comme ça, c’est la vie et ça réconcilie sagement avec notre existence humaine... plate et passionnante à la fois. Mention spéciale à tous les interprètes !

 

 


D’UNE VIE A L’AUTRE - (Zwei Leben) - de Georg Maas - (06/20)
Allemagne / Norvège - Couleur - 1h37 - 2012.
Avec : Juliane Köhler, Liv Ullman, Sven Nordin, Ken Duken, Julia Bache-Wiig, Rainer Bock, Klara Manzel, Thomas Lawinky, Vicky Krieps, Dennis Storhol, Ursula Werner.

Espionnage : Vaguement inspiré de faits vaguement authentiques. Fille d’un soldat allemand et d’une norvégienne, Katrine se casse de l’Allemagne de l’Est après y avoir vécu son enfance et va rejoindre sa mère en Norvège. Sa vraie fausse mère (Liv Ullman toujours aussi présente)... Après la chute du mur de Berlin, un avocat demande à Katrine de témoigner dans un procès contre la Norvège au nom des “enfants de la honte” dont elle fait partie. Pour des raisons obscures, elle refuse. Petit à petit, et, d’une manière sacrément entrelacée et merdouillée, on commence à comprendre... alors que le film commence à finir... C’est malin. Il y est question de la STASI qui aurait manipulé plein de gamins de cette façon qui a conduit Katrine, par exemple, à faire de l’espionnage... Entre-temps, apparaît une autre vraie fausse fille de la fausse vraie et malheureuse maman norvégienne. Bordel ! Le seul mérite de ce ratage, c’est de nous accrocher grâce à un suspense franchement mal maîtrisé. Les acteurs et trices sont corrèques...

 

 


GEMMA BOVERY - de Anne Fontaine - (0/20)
France - Couleur, 1h39 - 2013.
Avec : Fabrice Luchini, Gemma Arterton, Jason Flemyng, NIels Schneider, Isabelle Candelier, Elsa Zylberstein, Kacey Mottet Klein, Philippe Uchan, Mel Raido, Pip Torrens, Edith Scob, Pascale Arbillot.

Comédie dramatique : Un couple d’Anglais débarque dans un village normand où règne la boulange de maître Martin Joubert, un passionné de littérature et bien sûr de Flaubert. Le jeune couple s’appelle Bovery... Gemma et Charles Bovery. Joubert, au vu de cette formidable coïncidence, va jouer au manipulateur apprenti et causer pas mal de dégâts... Il va se prendre pour dieu le père en plagiant le roman de Gustave. Il fera tout ce qu’il pourra... mais, le hasard aura le dernier mot. Madame Bovery mourra bien... mais d’une tout autre manière... On s’en fout. On s’en fout des malades qui souffrent de “bovarytes aiguës” en tous genres, et qui nous font caguer avec leur manque (ou excès comme Joubert) d’imagination ! Arterton nous agace avec sa vaine pseudo beauté et les autres aussi - y compris Luchini.

 


THE HOMESMAN - de Tommy Lee Jones - (20/20)
USA - Couleur, 2h02 - 2013.
Avec : Tommy Lee Jones, Hilary Swank, Miranda Otto, Grace Gummer, Sonja Richter, John Lithgow, David Dencik, Tim Blake Nelson, James Spader, William Fichtner, Jesse Piemons, Tabitha Hutchinson, Evan Jones et Meryl Streep.

Western : Les fous sont seuls au monde. Il était une fois en Amérique profonde un patelin on ne peut plus paumé et peuplé de tarés et autres fous sadomasochistes ou furieux... Il est question à un moment donné de secourir trois femmes bien atteintes côté neurones en les emmenant loin vers l’IOwa dans un lieu sûr. Il s’agit d’un presbytère dirigé par un pasteur et son épouse. Les hommes du village sordide et étouffant sont tous lâches; c’est donc une pionnière célibataire et sans enfants qui se propose (et s’impose) à convoyer les trois malheureuses au mépris de dangers incontournables : tribus d’Indiens, bêtes féroces ou encore d’autres tarés... Le révérend Alfred Dowd aurait préféré un “homesman” pour assurer cette périlleuse mission. “Homesman” peut se traduire grosse modo par un bon père de famille. En fait de gars bien rangé, la pionnière Mary Bee Cuddy (impressionnante HiIary Swank) ne trouvera qu’un vieil aventurier à moitié pendu à dos d’âne (Tommy Lee Jones aussi doux qu’un ours mal léché) par des malfaiteurs plus puants que lui. L’anti-héros est contraint d’accepter d’accompagner la dame - il y va de sa vie qui ne tient qu’à une corde. La force de cette nouvelle et brillante réalisation de Tommy Lee Jones tient dans les rapports humains entre la femme et l’homme et... les trois dingues... Action, aventures, bons et mauvais sentiments sont au menu d’un western qui n’a rien de classique... tout en respectant par la force du sujet certains poncifs. Mais guère plus. Ce n’est même pas un western disent certains observateurs et commentateurs. Le western, cependant, est un genre dont les limites ont été repoussées depuis belle lurette par Sergio Leone et la recréation du Far West à la sauce italienne - et, plus largement européenne; les Ricains ont suivi le mouvement en poussant une certaine forme de réalisme jusqu’à l’excès parfois, à l’exception notable de l’immense La horde sauvage réalisé par un certain Sam Peckinpah enfin libéré des chaînes de la bien-pensance et censure des producteurs américains. Robert Altman (John McCabe), Arthur Penn (Little Big Man) et quelques autres ont transfiguré ce genre devenu poussiéreux à cause de la routine fordienne, hawksienne ou walshienne. La rencontre, durant ce périple, de Freighter Tim (magistral Tim Blake Nelson) ainsi que la fêlure de Mary Bee Cuddy ou le désappointement de l’aventurier usé George Briggs (qui ne veut de mal à personne et n’est violent qu’à bon escient et qui cogne sans attenter à la vie humaine) nous donnent le vertige et nous perdons quelque peu le nord en subissant la présence de brutes telles que Vester Belknap (William Fichtner) ou psychopathes comme Thor Svendson (David Dencik). Sans compter les vraies “folles” qui sont au nombre de trois et qui nous réservent quelques surprises de taille. Au-delà de ce petit monde de dingos, l’on se surprend à se demander où est passée la normalité... ? Jusqu’à la grâce angélique de l’épouse du pasteur (Meryl Streep)... quasiment surréaliste. L’incarnation de ce personnage épisodique est stupéfiante par une Streep qui décidément nous étonnera toujours. Ce film a été boudé à Cannes, par la presse, et même une large partie du public. Les fous sont vraiment seuls au monde.

 


MAPS TO THE STARS - de David Cronenberg - (0/20)
Canada - Couleur, 1h51 - 2013.
Avec : Julianne Moore, Mia Wasikowska, Evan Bird, John Cusack, Robert Pattinson, Olivia Williams, Sarah Gadon, Niamh Wilson, Jayne Heitmeyer, Jonathan Watton.

Drame : A Hollywood, nous voici au beau milieu d’une bande de tarés : une “has been” Havana Segrand (Julianne Moore plus vulgaros que jamais - toutefois auréolée par le prix d’interprétation à Cannes 2014), Agatha Weiss, jeune désaxée sinistrement malheureuse (l’imbuvable Mia Wasikowska), un jeune merdeux morveux Benjie Weiss (Evan Bird) et ses parents Christine et Stafford Weiss (Olivia Williams et John Cusack) ainsi qu’un chauffeur aspirant vedette Jerome Fontana (Robert Pattinson) ainsi que quelques autres silhouettes infâmes... Le décor est planté, les personnages sont présentés... reste plus qu’à “planter” le couillon de spectateur. Cronenberg doit souffrir d’un mal étrange pour être ainsi obsédé par la violence et l’horreur. Le plus antipathique de tous étant Benjie, dont l’interprète Evan Bird est parfait, mais... dans un rôle totalement dénué d’intérêt. Une déjection filmique qui navigue péniblement entre Sunset Boulevard et Crache-moi au cul salope !

 


THE SALVATION - de Kristian Levring - (17/20)
Danemark - Couleur, 1h32 - 2013.
Avec : Mads Mikkelsen, Jeffrey Dean Morgan, Mikael Persbrandt, Eva Green, Jonathan Pryce, Douglas Henshall, Michael-Raymond James, Nanna Oland Fabricius, Toke Lars Bjarke, Eric Cantona.

Western : Ces derniers temps (bien que la mort du genre soit presque complète), nous avons droit à des westerns pour le moins insolites : kurde, romantique ou danois... Ici, la curiosité principale est bien sûr l’immense Mads Mikkelsen. Il assure grave comme toujours et comme le film dans son ensemble. C’est du brut de décoffrage à la sauce scandinave pleine de noirceur et de glace, avec des points communs avec le western italien - l’humour en moins. Il s’agit d’une sorte de tragédie dans laquelle il n’y a pas de pitié ni pour les bons ou les méchants ni pour les victimes ou les crétins. Outre Big Mads, nous sommes étonnés par la prestation pour une fois crédible d’Eva Green; nous sommes ravis de faire la connaissance de Mikael Persbrandt dans le rôle du frangin de Jon “Mikkelsen”; un acteur inconnu de par chez nous mais qui bénéficie d’une présence implacable et assez fascinante. En revanche, nous ne sommes nullement étonnés par la nullité du figurant Eric Cantona - dont on se demande ce qu’il vient foutre là ! L’histoire est simple d’où sa force et sa faiblesse. Jon se fait zigouiller femme et fiston et les venge. Ensuite, il doit faire face presque tout seul au reste de la bande de salopards vicieux... La faiblesse, c’est qu’on a un petit peu l’impression que les intrigues sont des prétextes à des scènes de castagne. A part ça, tout va fort bien pour les amateurs du genre.

 


 

Haut de Page


Droits de reproduction et de diffusion réservés © 2004 Strahinja Kosmajac